ACTE 111, SCENE IV
Je ne puis plus marcher, la force m'abandonne. STÉPHANOW.
J'entends l'accent de la douleur.
Hélas ! je ne vois personne.
STÉPHANOW.
Cette voix pénètre mon cœur !
BKNIOWSKI.
Je vais terminer ma carrière , Sans avoir un ami Pour fermer ma paupière.
STÉPHANOW, cherchant d'où part la voix.
La voix semble venir d'ici.
\ l'excès de mes maux je sens que je succombe,
STÉPHANOW.
A. l'excès de ses maux l'infortuné succombe ! BÉNIOWSKI.
Ce rocher deviendra ma tombe.
( Il tombe sans connaissance sur le rocher. STÉPHANOW.
Le voilà sur ce rocher ! A ces habits... C'est un officier du gouverneur ! il est mon ennemi : peut-être bientôt les armes à la main... N'importe ! il est malheureux, il est sans connaissance ; je lui dois secours et protection. ('.S<^7z;Vm'j-/«/'o/^.y^e un soupir. ) Faisons-lui respirer et boire celte liqueur; c'est le seul moyen de ranimer ses sens, Viw couiairc' nos (orci's vont bientôt icnaîlrc.
492 BENIOWSKÏ.
BÉJV lO WSKI.
Ohl qui que tu sois, tu me rends à la vie.
STÉPHANOW.
Quentends-je!... Cette voix... ces traits... Béniowski! Beniowski est en ma puissance, les exilés sont à deux pas : s'il parle, on va connaître la vérité. Que faire?... La vengeance... cet amour que je ne puis vaincre... le lieu... l'instant... Malheureux! quelle idée affreuse!
BÉNIOWSKT.
Pardonne; mes yeux affoiblis ne voient point encore à qui je dois de la reconnaissance.
STÉPHANOAV.
A un exilé.
BENIOWSKI.
Tu es exilé, m'as-tu dit? Eh bien! conduis-moi bien vite à tes camarades; j'ai à leur révéler un grand secret : un traître est dans leur sein... Le perfide Stéphanow!... Je veux sa mort.
STÉPH ANOW.
Sa mort ! () fureur ! ( Levant le poignard. ) C'est toi qui dois craindre la mort : frappons, il en est temps.
BÉlVlOWSKr.
Mon ami !
Son ami!.. Non, Beniowski! je puis te haïr j'ai pu trahir tes projets; mais égorger un être souffrant, sans défense , à qui je viens de prodiguer les plus tendre secours ! Ah! ■A\\ cesl un crime affreux!