‹ OEuvres complètes (volume 2)Chapitre 46 sur 340 · ACTE I, SCÈNE IL yS · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IL yS

MELFONT.

Depuis dix ans tu sers un misérable; Tes soins ne pouvaient-ils empêcher mes excès?

NORTON

Empêcher! Eh! monsieur , l'aurais-je pu jamais? Riche, considéré, traînant à votre suite De fous et de joueurs la horde parasite , J'aurais bien pris mon temps à vous parler vertus : J'aurais eu mon congé, peut-être beaucoup plus. N'est-ce pas malgré moi qu'une femme perfide Trompa votre jeunesse et devint votre guide ; Une Marwood enfin....

MELFONT.

Tu prononces son nom !

NORTON

Qu'on ne voit qu'en perdant sa réputation. Voilà le digne objet des plus grands sacrifices. Et dont votre fortune alimenta les vices.

MELFONT.

De grâce! clier Norton....

NORTON

J'ai tenté vainement, De dérober votre ame à ce honteux penchant ; Mais le sort a voulu qu'une femme flétrie Vous rendît père... hélas! d'une fille accomplie.

MELFONT.

Ne reverrai-je pas l'enfant infortuné

Que tes soins de sa mère ont toujours éloigné ?

NORTON

Grâce à ma prévoyance, un endroit solitaire,

Dérobe votre fille aux regards de sa mère. Quelle mère! grands dieux! — Cet innocent enfanl , Encore à son berceau n'eut que moi de parent. Seul, je guidai les pas de sa débile enfance; Seul , j'essuyai les pleurs de sa reconnaissance. Pour son maître, voilà ce que fit un valet: Pour son enfant, le maître en a-t-il autant fait?

Ton reproche est amer. Hélas ! je le mérite ,

Et reconnais trop tard mon affreuse conduite.

Mais aujourd'hui mon sort est encor plus cruel;

J'étais bien insensé, mais non pas criminel :

Environné de sots , de fous de toute espèce ,

Parmi de vains plaisirs j'ai perdu ma jeunesse.

Je dissipais mon bien; soit, il était à moi,

Et j'étais libre enfin d'en faire un sot emploi.

J'ai payé tous les frais de l'inexpérience ;

Me voilà maintenant tout près de l'indigence.

Malgré mon inconduite et ma perversité.

Je respectai les lois et la société.

Les femmes, diras-tu... J'en ai séduit peut-être.

Mais, au fait, j'ai séduit celles qui voulaient l'être.

Dans ce temps, j'en conviens, je trompais en amour.

Qui pour me tromper, moi, consacrait tout le jour.

De mon sort, aujourd'hui, quelle est la différence!

D'un paisible foyer j'arrache l'innocence.

D'un vieillard respecté souillant les cheveux blancs ,

Précipitant le cours de ses derniers instants.

Je ravis à ses bras , à son toit domestique ,

La vertu, la pudeur, Sara, sa fille unique

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