‹ OEuvres complètes (volume 2)Chapitre 60 sur 340 · ACTE II, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE III

Ce délire enchanteur qui maintenant m'anime.

Hélas! je vous revois, et je puis donc enfin

Parler à mon ami, le presser sur mon sein.

Que cet instant est doux! qu'il a pour moi de charmes '

Ah! de la volupté voyez couler les larmes!

Mais ces pleurs de l'amour ne sont point essuyés;

Ingrat, veux-tu me voir les répandre à tes pieds?

MELFONT.

Laissons cela, Marwood; oui, je. dois vous le dire. Votre amour, faux ou vrai, ne peut plus me séduire : De vos emportements je viens braver les coups , Et souffrir, s'il le faut, vos reproches jaloux.

MARWOOD.

Des reproches, Melfont! mais en ai-je à vous faire?

MELFONT.

Si vous n'en avez point, en ce cas quelle affaire Vous a fait me chercher et venir de si loin?

M AR WOODi

De revoir un amant le trop cruel besoin !

Mais moi, vous reprocher une faute légère.

Une infidélité qui n'est que passagère ,

Qui ne mérite pas d'allumer mon courroux;

Et dont, mon cher Melfont, je veux rire avec vous !

MELFO IN ï.

Vous vous trompez, Marwood; de la plus vive flamme. Pour une autre que vous, je sens brûler mon ame.

MARWOOD.

Bon ! vous croyez aimer : faible , mais toujours bon , Le goût le plus nouveau pour vous est passion. De ce cœur toujours franc si je n'étais certaine.

Pour me le conserver je prendrais plus de peine.

MELFONT, à part.

La dangereuse femme! il vaut beaucoup mieux fuir

(Haut.)

Que de l'entendre encor. Faites-moi le plaisir

De me dire le but de ce brusque voyage ,

Et si vous prétendez me rendre à l'esclavage :

Mais parlez-moi surtout sans ces apprêts trompeurs ,

Sans ce sourire feint et ces regards menteurs.

Vous ne m'offensez point : le trouble de votre ame Vous excuse. On dirait pourtant que je vous blâme. Eh non! mon cher Melfont; par des dépits jaloux M'avez-vous jamais vu contrarier vos goûts ? J'ai pardonné vingt fois : on le doit quand on aime; Ces nouvelles amours ne nuisent qu'à vous-même ; Soumis et repentant , prompt à vous dégager , Vous rentrez sous un joug que je vous rends léger. Le passé me rassure ; on ne rompt point ma chaîne , Vous me rendrez le cœur dont je suis souveraine.

MELFONT.

Vous dissimulez bien votre secret courroux! Mais plus de liaisons désormais entre nous. Auprès d'une maîtresse honnête autant que belle , J'ai connu le plaisir d'être tendre et fidèle; Et j'appris , en aimant la vertu , la bonté , A distinguer l'amour d'avec la volupté.

M A. R w o o D , affectant de rire.

Mon cher, d'après ce ton d'un amour cm])haliquo, Votre belle, je gage, est un peu romantique.

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