‹ OEuvres complètes (volume 2)Chapitre 61 sur 340 · ACTE II, SCENE [IL <f · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE [IL <f

En vérité, messieurs, jamais vous ne savez Ni ce qui vous convient, ni ce que vous voulez. De nous vous désirez des excès condamnables; Nos défauts les plus grands nous rendent adorables. D'autres fois vous voulez, dans l'objet de vos feux. Des vestales le ton décent et vertueux; Mais, imprudente, ou sage, ou folle, ou raisonnable. Une femme, Melfont, sera toujours coupable. Dès que vos yeux verront se flétrir sa beauté! Que fait une mauvaise ou bonne qualité, Quand votre cœur, toujours plus léger que le notre, Ne saurait se fixer par Tune, ni par l'autre ? Avant peu votre belle aussi vous laissera; Je puis fixer l'instant où ce dégoût naîtra. D'abord les premiers jours on se dit qu'on s'adore ; Huit jours après peut-être on en reparie encore; Mais bien plus faiblement : à peine un souvenir, , Par intervalles longs ramène le plaisir. Huit jours après, l'ennui naît de l'indifférence, Et l'ennui, cher Melfont, précède l'inconstance; Enfin, ce grand amour ira, si je m'en crois, En jugeant votre cœur, peut-être encore un mois. Eh bien! pendant ce temps je prendrai patience; Et vous voyez, pour vous, ce que fait l'indulgence.

MELFONT.

Marwood, vous prétendez, par ce subtil détour. Par vos ruses enfin , regagner mon amour. Mais, avant de partir, je veux encor vous dire Que vous ne devez plus tenter de me séduire. Dans peu je me marie; un état rcspec'té,

En me rendant l'honneur me rend ma liberté.

Vous avez dû le voir enfin par cette lettre,

Qu à mon brusque départ je vous ai fait remettre.

M AR wo o D.

Oui, j'ai lu votre lettre, et même sans courroux; Vous parliez des présents que j'ai reçus de vous : Je dois, sur cet objet, mettre bas toute feinte. Je vous les rendrai tous; n'ayez aucune crainte.

MELFONT.

Reprendre mes bienfaits!

M ARWOOD.

J'ai dû les regarder Comme un bien confié, qu'on peut redemander.

MELFONT.

Gardez-le, il est à vous, et n'y dois pas prétendre.

M ARWOOD.

Et moi, Melfont, et moi , je prétends tout vous rendre. Que m'importe ce bien, si je perds votr. cœur ? Eh! peut-il, dites-moi, me rendre le bonheur! Portez tous ces présents aux pieds de mes rivales; Jamais je ne serai de ces femmes vénales Qui, près de leurs amants, n'ont eu d'autre désir Que de les dépouiller, afin de s'enrichir.

MELFONT.

Quel génie, ou quel dieu conspire ma ruine! Êtes-vous donc Marwood? En vain je l'imagine. Mais je lis dans vos yeux ; ce regard vous dément: Je ne vous vis jamais penser si noblement.

M ARWOOD.

Quoi! vous prenez, Melfont, pour un grand sacrifice

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