SCÈNE IX
MARWOOD, MELFONT.
M A K W O O D , entre d'un air courrouc»-.
En vain vous me fuyez. Moi , je reviens vers vous.
MELFONT, brusquement.
.Sans en être priée.
MARWOOD.
\ ce compliment doux Je m'attendais d'avance.
MELFONT.
Il doit peu vous surprendre :
De grâce finissons. A quoi faut-il m'attendre ? Je vous l'ai déjà dit; j'adore un autre objet, Et vous ne pourrez rompre un lien qui me plaît.
M A R W O O J) , avec une fureur contrainte.
Allons; puisqu'il le faut dévorons cette injure.
MELFONT.
Il fallait m'épargner l'éclat d'une rupture... Vous allez m'accabler de plaintes, de mépris. Moi je veux opposer le silence à vos cris. Écoutez-moi, Marwood , s'il se peut, sans colère; Point de reproches durs : je pourrais vous en faire , Ce n'est pas mon dessein. De grâce, quittons-nous. Pour l'intérêt des deux, sans haine, sans courroux. Pouvez-vous m'accuser de quelque ingratitude. Vous êtes à l'abri de toute inquiétude : Vous avez de grands biens, grâces à mes bienfaits;
iiG LA COURTISANE.
Jouissez-en, je dois n'y prétendre jamais;
Mais laissez-moi mon cœur : ce cœur vous est rebelle
Il n'aime que Sara , n'existe que pour elle ,
Vous le savez assez. C'est à vous maintenant,
A choisir un parti, qui me semble prudent.
Ce sentiment si pur qui me guide et m'anime ,
Sachez le respecter ; vous aurez mon estime.
Et ne m'opposez pas l'opiniâtreté ,
Quand j'épargne un tourment à votre vanité.
Peut-on porter plus loin le mépris et l'offense ! Il me faut pour te plaire employer la prudence?... Ah! ce flegme insultant, cette fausse amitié, Est une injure encor pire que la pitié : Ne te souvient-il plus, ingrat, que je suis mère?
MELFOFT.
Je le sais , et ma fille aussi m'est toujours chère ; Oui; j'espère qu'un jour...
Tu pourras la ravir!
Ne crois pas que jamais on puisse l'obtenir. Mais, réponds-moi, Melfont, et songe, je te prie. Qu'un seul mot pourrait bien décider de ta vie : Épouses-tu Sara ?
MELFONT.
Peut-être dès demain.
MARWOOD.
Je n'ai donc plus d'espoir, cet hymen est...
MELFONT.
Certain.