ACTE IV, SCEINE III. i^y
Vous avez le cœur bon; ce retour nie l'assure: Votre faiblesse seule étouffa la nature. Tout va bien jusqu'ici; mais je crains cependant De l'indigne Marwood l'esprit et l'ascendant : Vous l'avez vue. Eh bien ?
Oh ! je puis te répondre Qu'elle va, dès ce soir, s'en retourner à T^ondre, Tu ne le croiras pas , j'ai réduit sa fierté ,\ se plier enfin devant ma volonté.
NORTON
Comment , que dites-vous? cela n'est pas croyable.
Norton, vois ce poignard: eh bien! sa main coupable
( 11 lui montre le poiguanl de Marwood qu'il a sur son sein.)
Menaça d'en frapper sa rivale et mon cœur ; Mais j'ai su, tu le vois, arrêter sa fureur. J'avoue , en rougissant, qu'une indigne faiblesse M'a tantôt fait céder à l'art de la traîtresse , Qui , pour mieux me forcer d'abandonner Sara , A su joindre à ses pleurs les pleurs d'Arabella.
NORTON
Arabella , grands dieux ! elle est en sa puissance , Ma pauvre Arabella ! je frémis quand j'y pense : Par quel art diabolique est-elle en son pouvoir? Cela ne sera pas ; je vais, pour la ravoir. Employer des moyens que me dicte mon zèle : Oui je veux l'arracher des mains de la cruelle.
3IELFONT.
Ah! si lu réussis compte sur mes bienfaits.
128 LA courtisanï:.
NORTON
Je n'en veux point, monsieur: tout ce qu'ici jie fais Est beaucoup moins pour vous que pour l'aimable fille A qui, seul, j'ai long-temps tenu lieu de famille.
(Melfont fait un geste de cbagria.)
Mais parlons de Marwood; je vous fais compliment Que tout se soit ici passé tranquillement.
MELFONT.
Elle doit revenir, et je n'en suis pas quitte ;
Que m'importe après tout ce que son cœur médite...
Paix! j'aperçois Marwood.
NORTON
Bon, allons prudemment Aviser aux moyens de sauver cet enfant.
(Il sort.)