‹ OEuvres complètes (volume 2)Chapitre 92 sur 340 · ACTE IV, SCEiNE VIII. kV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCEiNE VIII. kV

M A RWOft D.

C'est une étourderie....

Il est quelques seciets.

MARWOOD.

Melfont est mon parent; mais tut-il plus, mon fièrc , Jamais de ses cireurs je ne ferai mystère , S'il s'agissait surtout de sauver la vertu D'un malheur à venir ou d'un piège tendu.

SARA

Cruelle Milady î

MARWOOD.

Mais parlons d'autre chose,

SARA

De ce mais imprudent je veux, savoir la cause.

MARWOOD.

A votre place, Miss, je serais connue vous. Et je mettrais au rang des bienfaits les plus doux Ce que sur un amant on aurait à me dire : Toujours aprèi l'hymen, il est trop tard d'instruire Une femme abusée...

• SARA

Oh! qu'en tends-je, grands dieu.x 1 Aurait-on le dessein de dissoudre nos nœuds? Mais je connais Melfont : j'en suis certaine, il m'aime ; Oui , de ses sentiments je répondrais moi-même.

MARWOOD.

Mais d'autres, avant vous, vovis le savez Sussi, Ont trouvé dans Melfont souvent plus qu'un ami

i36 LA COURTISANE.

•SARA

Oh! je !e sais fort bien; mais cela devait être, Et pouvait-il m'aimer avant de me connaître? ÏS^on, je n'obtins vraiment aucun droit sur sa foi Qu'à l'instant qu'il promit de n'adorer que mo'i. Je sais qu'à bien des yeux son crime est d'être aimable; Mais, malgré ce qu'on dit, je le crois estimable.

Miss, vous le défendez avec cette chaleur Que mon zèle employa toujours en sa faveur; Melfont aima souvent par inexpérience; Mais ce qu'on lui reproche est beaucoup d'inconstance.

L'inconstance , je crois , n'est un défaut , vraiment , Qu'autant que la maîtresse est digne de l'amant; Mais on en voit , hélas ! bien peu de cette espèce ; Il faut de la vertu pour fixer la tendresse : Telle femme, avec art, peut séduire un moment; ^lix'is peut-on , dites-moi , l'adorer constamment ?

MARWOOD. •

\ otrc morale. Miss, me paraît peu sévère;

Je croyais, je le dis, vous trouver plut austère.

SARA

Je ne suis pas sévère en jugeant les erreurs De ceux dont l'amour seul sut égarer les cœurs: Cet amour, ÎMilady , malgré nous, nous entraîne; Et l'on doit pardonner à la faiblesse humaine. Que le cœflr de jMelfont s'enflamme et soit charmé Par un objet (jui n'est pas fait pour être aimé; (>iril ait rie soduil par ramorce trompeuse

A.CTE ly, SCÈNE VIll. ,3^7

D'une femme qui n'est rien moins que vertueuse , D'une femme perdue , une Marwood , enfin , Qu'il sente son erreur , et la laisse , à la fin ; .ivouez , Milady , qu'il est de sa prudence De ne pas se piquer de beaucoup de constance.

MARWOOD.

Marwood !..

SARA.'

Ah ! ce serait un malheur bien affreux , Si pour avoir senti quelques coupables feux Pour une femme, en tout indigne de tendresse, II fallait s'y lier et l'adorer sans cesse.

MARWOOD.

Pour parler de Marwood, vous la connaissez donc ?

SARA

Je la connais d'après ce qu'en a dit Melfont:

Sur différents sujets souvent il parla d'elle,

Et je crois qu'il m'en fit un portrait bien fidèle.

MARWOOD.

Je vois avec chagrin que mon digne parent

Ne s'est pas , sur Marwood , expliqué franchement.

Marwood reçut le jour de parents que j'honore ;

Veuve d'un officier, mais jeune et belle encore.

Elle pouvait avoir un sort bien mérité

Par les partis nombreux qu'attirait sa beauté :

Melfont était sans bien ; mais que fait la richesse

Lorsque l'on sait aimer avec délicatesse ?

Pardonnez...

i38 LA COURTISANE.

Je poursuis... Melfont était aimable, Manvood osa l'aimer; elle devint coupable : Quand il eut de l'hymen obtenu tous les droits , Pour les sanctifier il évita les lois.

Voilà quel fut le sort de cette infortunée : Elle perd pour jamais l'espoir d'un hyménée ; Mais son destin serait beaucoup moins malheureux Si le fruit innocent de ses plus tendres feux , Dans cet instant fatal , ne découvrait au monde Sa faute, ses remords et sa douleur profonde.

SARA

[ A part \

Vous me donnez la mort... Je n'ose lui parler. Melfont...

MARWOOD.

C'est un secret qu'il a dû vous celer. Oui , Miss , par votre hymen une fille trop chère Perd pour jamais l'espoir de le nommer son père.

Quelle affreuse nouvelle ! et son coupable cœur A pu me le cacher ! Milady , quelle horreur !

M ARWOOD.

Je pourrais vous citer plusieurs infortunées Qui, toutes, par Melfont furent abandonnées: Miss Oklaff, miss Dorcas, et tant d'autres, enfin. Qui de son inconstance ont subi le destin: Je pourrais vous citer...

Ah ! c'est assez , madame ;

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