‹ OEuvres complètes (volume 2)Chapitre 94 sur 340 · ACTE IV, SCENE VIII. i/,i · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE VIII. i/,i

Hélas! je sais trop bien que l'ame la plus belle,

En amitié , peut faire un choix indigne d'elle.

Et qui peut se flatter, dans ces temps dangereux,

De n'avoir pour amis que des gens vertueux ?

Mais de quel droit aussi prétendez-vous, madame,

Avilir, aujourd'hui, mon hymen et ma flamme?

Et faut-il que par vous la fille de Sampson ,

Avec cette Marwood entre en comparaison?

D'une faute d'amour je puis être coupable ,

Mais dois-je à tous les yeux être moins estimable?

Il est bien différent de céder à son cœur.

De commettre une faute en un moment d'erreur ,

Ou d'imiter Marwood , qui , par goût , par caprice ,

Sans décence et sans clioix , aime et cherche le vice.

(Apercevant la situation de Marwood.)

Que vois-je, Milady ! quel changement soudain:

Tous vos traits sont couverts du plus sombre chagrin î

Pardonnez , si par moi vous fûtes offensée ;

De vous désobliger je n!eus point la pensée.

A.h! j'eus tort envers vous, je le vois maintenant;

Je me livrai trop tôt à mon ressentiment :

D'un indiscret courroux je suis assez punie...

Au lieu de me haïr, devenez mon amie :

Si j'obtiens ce bonheur , il me sera bien doux :

Hélas! c'est à vos pieds que je l'attends de vous.

(Elle se jette à genoux.)

Aimons-nous, oubliez Marwood et mon injure: Ah ! doit-elle occuper une ame honnête et pure ?

MARWOOD, se levant et considérant Sara.

Quel spectacle pour moi! je vois à mes genoij^x

i4.>- LA COURTISAISE.

Ma rivale insolente! Allons, découvrons-nous. Reconnais-moi ; je suis cette femme abhorrée, A laquelle tu crains de te voir comparée : 3e suis Marwood enfin.

SARA, se relevant vivement.

O ciel! qu'ai-je entendu !

Rêvai-je ? Mon esprit est tout-à-fait perdu. Ah! je vous reconnais; c'est la main meurtrière. Qu'en songe le sommeil m'offrit la nuit dernière; Non, je n'en puis douter.... Ah! ne me suivez pas. Melfont , secourez-moi , sauvez-moi du trépas. Ah! je t'entends encor, douce voix de mon père , A mon sort vainement tu voudrais me soustraire. Mais je vois la fureur obscurcir son regard; Déjà, pour me frapper , elle agite un poignard ; Elle va me saisir.... je reste sans courage! Melfont, Betty, venez, sauvez-moi de sa rage.

(Elle s'enfuit; Betty accourt; elle tombe sans connaissance dans ses bras , à la porte de son appartement. )

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