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OEuvres complètes

Nota. L'arrangemeut du huitième volume a forcé d'abandouiier l'ordre (■hronologique pour cette petite pièce et la suivante.

1/E tous les genres d'ouvrages dramatiques, celiu qui éprouve le plus rinconstance de la mode , c'est l'opéra-comique. Dans Torigine, un opéra-comique n'était que la réunion de quelques couplets , de quelques airs liés par quelques paroles: on n'y représentait le plus souvent que des personnages naïfs , et des mœurs communes. Ansaame ^ sans le rendre beaucoup plus gai, lui donna un peu plus d'importance, et l'écrivit en vers. D'Héle y ajouta une assez forte intrigue, et l'éleva à la hauteur de ce qu'on appelle la comédie de bon ton. Sédaine, supérieur a tous ses prédécesseurs, réunissant à l'imagination une entente parfaite de la scène, réussit dans tous les genres d'opéra-comiques où ils s'étaient essayés. Comme eux il fut naïf, comique avec décence , et de plus il créa ce genre historique si intéressant, et si propre à développer les talents d'un grand compositeur. Depuis^ tous les auteurs, qui ont écrit pour ce théâtre, ont pris alternativement d'Héle et

Séflaine pour modèles. Si je n'ai pas parlé des opéras de Marmontel, c'est qu'il me semble qu'ils n'ont dû leur succès qu'au cliarme de la musique; elle seule les a fait rester au théâtre, llien n'qst moins gai que le geme de ses comédies, rien n'est moins piquant que son dialogue, et c'est le musicien qui le plus souvent enfouruitle comique, commedans la Fausse Magie :

Je n'ai pas la soixantaine , etc.

Je n'ai point non plus parlé de Favart : quelque éclat qu'il ait jeté sur l'opéra -comique, il n'a pu triompher de la mode. Si, malgré tout le charme, tout l'esprit de ses petites pièces, tout le;sel de ses couplets,il n'a pas occupé loug-temps la scène, c'estque ce genre ne saurait être fixe , qu'il est soumis au goût du jour, non-seulement pour la musique, mais encore pour les acteurs. Certes , quand madame Favart jouait les pièces de son mari , tout Paris courait les applaudir, et Favart était à la mode. Quand M""" Dugazon , si bonne personne et d'un si grand talent, jouait les pièces de Sédaine, telles que la Comtesse Albert, Louise, etc., Sédaine était à la mode. Quand Elleviou jouait d'une manière si piquante tous les étourdis de bon ton, l'auteiu', qui travaillait le plus dans le geure de son talent, devenait à son tour à la mode. Il en sera toujours

(le même à rOpéra-Comique : ce sera l'acteur ou ractrice en nom qui fera la prospérité du théâtre et des auteurs. Ce n'est plus la même chose au Théâtre - Français ; sans doute un acteur ou une actrice à talent ])ourra ajouter au succès d'un ouvrage, et lui donner plus de vogue dans sa nouveauté ; mais l'ouvrage doit survivre aux acteurs : ce qui arrive très-rarement dans le genre de l'opéra- Pour appuyer ce raisonnement, qui est fondé sur l'expérience, je me citerai pour exemple. Par complaisance, par amitié pour mon compatriote Elleviou, j'avais du plaisir à travailler pour lui, à lui tracer de ces caractères que je savais convenir à ses manières élégantes. Qu'est-il arrivé? Au moment de sa retraite du théâtre , plusieurs de mes ouvrages , composés pour lui seul, et qui obtinrent dans le temps un très-grand succès, n'ont pas été repris par ses successeurs dans la carrière , peut-être par une louable défiance d'eux-mêmes.

Où je vis surtout que le théâtre de l'opéra-comique était tout-à-fait changé pour moi, ce fut à la représentation de cette petite Q.ovc\^i}i\Q'y Officier enlevé . Sans doute, l'acteur qui y jouait le principal rôle est un homme d'esprit et un homme à talent; mais il n'avait aucune des qualités qui pouvaient provoquer la curiosité publique :que l'on suppose cette même pièce jouée par Elleviou, dans sa jeunesse, et avec

lo NOTICE

cette même musique, qui est charmante; et au lieu du succès très-ordinaire qu'elle a obtenu , toutes nos dames de Paris auraient voulu voir l'enlèvement de mon Officier petit - maître ; et elles auraient suivi les représentations de cette petite pièce avec le même plaisir qu'elles éprouvaient à voir les extravagances de mon mauvais sujet de l'opéra qui a pour titre le Trente et Quarante. Il est donc à peu près prouvé que l'immortalité d'un auteur d'opéra-comique se borne à la durée de la carrière théâtrale d'un acteur, et dépend encore du changement que le temps amène dans le goût d^ la musique. De tous les arts, selon moi, la musique est celui dont les productions vieillissent le plus vite. Depuis quarante ans, quel est l'homme démon âge qui n'a pas vu des enthousiastes en faveur de tels et tels compositeurs, soit français, soit italiensPQui ne connaît la guerre des Glukistes et desPiccinistes? Les Saheri, les Sarti, les Sachini, ont eu leurs adorateurs. Grétry , par la vérité et la variété de ses jolis airs, a fait chanter la France entière. Cherubini, Méhul, Catel et lierton ont fait école ; Boyeldieu , Della-Maria , Daleyrac, ont brillé près d'eux dans un genre différent. Les géants de l'Italie ont paru en même temps; Paisiello'et Cimarosa ont fait révolution; Paer a marché sous leurs enseignes; et voilà que depuis quelques années Rossini, qui fait de nos amateurs

SIjR L'OFFICIER ENLF:VK. i i

(le vérital>les convulsionnaires, ose prétendre à leur arracher le sceptre tle la musique , qu'il ne gardera peut-être pas long-temps. Si un nouveau compositeur se présente aVec une nouvelle manière, de nouvelles idées, on en fera aussitôt un dieu; et le fanatisme musical, appuyé de la mode, voudra, dans son enthousiasme , lui élever des autels.

Mais il est temps de raconter, selon mon usage, quel est le hasard qui m'a fourni le sujet de cette basatelle. J'entrerai dans ce détail avec d'autant plus de plaisir que j'y trouve l'occasion de parler d'une femme aimable et bonne, qui a occupé l'Europe de sa beauté, mais qui toujours semblait ignorer qu'elle était la piemière d'entre les belles. Ai-je besoin de nommer madame Rec***! La bonté de son cœur, un caractère doux et bienveillant, lui ont fait de ses nombreux admirateurs, des amis sûrs et désintéressés. Quels que soient leurs opinions, leur rang dans la société, à peine ils ont mérité son estime qu'ils oublient auprès d'elle leurs querelles politiques et les préjugés qui devraient les séparer. Amie et protectrice de tout ce qui est juste et bon, elle n'emploie son influence auprès de ses puissants amis, que pour arracher à leur amitié une prompte justice, ou un acte de clémence. Enfin, c'est la seule maison, où grâce à l'esj>rit tolérant de celle qui y règne en souveraine, au

pouvoir inconnu qu'exerce sur tous les cœurs la bonté unie à la beauté , c'est la seule maison , dis-je, où des rivaux politiques s'abordent civilement, se parlent sans amertume et se quittent sans haine.

J'avais dîné chez madame Réc""** : M. de Barante y arriva le soir; il était alors directeur général des droits -réunis. Je ne sais à quelle occasion on parla de l'aventure récente d'une dame étrangère qui , disait-on , avait fait enlever un jeune homme. Mais je me rappelle très-bien que M. de Barante prit alors la parole, nous conta, avec une originalité tout-à-fait piquante , l'aventure du jeune homme enlevé ; il en savait d'autant mieux les détails, que ce jeune homme était son secrétaire. Je ne rapporterai pas les faits principaux de cette aventure , parce que l'héroïne m'est connue , et qu'il est d'aimables folies qu'il faut laisser oublier. Je dirai seulement que cette historiette, contée par M. de Barante, me parut, malgré les difficultés qu'offrait le sujet , tout-à-fait dramatique. Je ne désespérai pas de triompher des obstacles ; et j'avertis même notre aimable conteur du projet que j'avais de porter sur la scène cet enlèvement, quoiqu'un tel sujet sortît tout-à-fait des convenances. On se doute bien que la décence théâtrale m'a forcé d'abandonner les traits les plus comiques de cette aventure tant soit peu erotique; mais enfin, ma

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petite comédie, telle qu'elle est, aurait obtenu, comme je le crois et comme je l'ai dit plus haut, un très-grand succès, si j'avais encore eu à ma disposition cet amoureux bien digne d'être enlevé, mon héros du Prisonnier et de Maison a Vendre.

PERSONNAGES

La Marquisf. d'ALRON.

ROSETTE, sa lemnif de chambre.

VERSAC , jeune ol'licier aux gardes.

BELAMI, ancien sergent, retiré du service.

La srène est dans un clw'ilr.ai, aux rn\ irons de Pai In

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