‹ OEuvres complètes (volume 3)Chapitre 109 sur 400 · EDOUARD, CLARA · texte numérisé non relu

EDOUARD, CLARA

EDOUARD

f.ORSQtJE clans les jardins tout le monde est resté ,

Ne pouvons-nous ici causer en liberté ?

IJes regards indiscrets découvriraient ma joie.

CLARA

A tous les yeux aussi la mienne se déploie, .ie voudrais bien pourtant vous la dissimuler; Mais mon cœur se trahit.

EDOUARD

Oh! laissez-le parler.

Avec quelque chagrin vous vîtes mon absence?

-'^' CLARA

Oui , j'ai bien regretté l'ami de mon enfance.

EDOUARD

En quittant le château j'aurais cherché la mort , Sans un secret espoir de triompher du sort.

CLARA

Aloi , j'ai pendant huit jours pleuré dans le silence.

EDOUARD

A mon destin bientôt j'opposai la constance.

i82 L'ORATEUR ANGLAIS.

Trop fier pour implorer l'appui* d'un protecteur.

Je voulus être libre , et je me fis auteur.

Quoi ! vous avez écrit ?

EDOUARD

Oui , je vous le confie.

CLARA

Quel était votre but ?

EDOUARD

Le bien de ma patrie ; Et mon cœur m'inspira ce livre vertueux. J'y montrai le désir de rendre l'homme heureux ; Et par amour pour vous j'osai chercher la gloire.

CLARA

Le livre eut du succès ?

EDOUARD, eu soiuiant.

Je dois presque le croire.

CLARA

Mais on vous cite aussi comme un grand orateur?

EDOUARD

si j'obtins au début un triomphe flatteur;

C'est que l'amour encor m'inspirait du courage.

Lorsque le premier jour je vis l'aréopage

( )ii je devais aussi faire entendre ma voix ,

Pour le bonheur du peuple et le maintien des lois ,

Je sentis la frayeur s'emparer de mon ame :

Mais votre souvenir... Soudain l'honneur m'enflamme,

Même un secret orgueil se glissa dans mon sein.

Quoi! je me trouve ici ! moi ? moi , pauvre orphelin !

Oui dus h la pitié les beaux jours de ma vie ,

Page 1