‹ OEuvres complètes (volume 3)Chapitre 121 sur 400 · ACTE II, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE V

« Mais que désirez-vous? là, parlez -moi sans feindre,

« Lui dis-je, ou vous aurez très-grand tort de vous plaindre.

« Je fais un fort grand cas de vos brillants discours ,

t( Mais quel en est l'effet? On en parle deux jours,

« Puis on n'y pense plus. Votre rare doctrine

« N'a que le résultat d'user votre poitrine :

« A votre place, moi, j'agirais autrement;

« Je prendrais un parti, mais très-décidément.

« D'abord, pour la santé, je ferais une course

« Qui d'honneurs et de biens pourrait être la source....

ÉDOU ARD.

Moi, je n'entends pas trop....

FLA.TTE3IA.N, souriant.

Il partit à propos.

EDOUARD

Oui , d'après vos conseils il alla droit aux eaux.

FLATTE M AN, riant très-fort.

Il revint bien portant.

Comment donc?... Je devine.

FL ATTEMAN.

Il fut fait par mes soins inspecteur de marine.

EDOUARD, d'un ton sérieux.

Quoi ! pour un grand talent un si petit emploi ?

FL ATTEMAN.

Bah! pour lui c'était plus qu'on ne devait, ma foi! Il n'était pas au rang de ces rares génies Qui forcent un ministre à des économies ; Il criait sans motif et ne convainquait pas; C'était un petit poids qu'on avait sur les bras : Torne IX. l3

194 i;ORATEUR ANGLAIS.

Pour un ministre adroit c'est la mouche qui pique.

Mais l'homme environne? de l'estime publique,

Qui discute toujours et parle noblement,

Sans manquer aux égards dus au gouvernement ,

Et dont l'opinion emporte la balance ;

Oh! celui-là, monsieur , vaut bien plus qu'il ne pense:

il a droit de choisir. S'il se tait seulement,

Son silence est d'abord payé très-largement ;

Et si ce galant honnne était né sans fortune,

11 faut que par l'état bientôt il en ait une :

Même aux plus beaux emplois croyez qu'il jjarviendra,

S'il sait tirer parti du grand talent qu'il a.

EDOUARD, d'un ton naïf.

Mais quand on a parlé d'une façon contraire; Que l'on s'est déclaré contre tout arbitraire, INe doit-on pas rougir, dans l'enceinte des lois, De parler autrement qu'on ne fit autrefois ?

FLATTEMAN.

Au temps oimous vivons, bien mieux chacun raisonne; Et ces changements-là ne font rougir personne. Quelque artiste peut-être n\T, d'un trait malin, Annoncer au public cette erreur de chemin; Le monde rira bien de la caricature ; Mais pour qui marche droit que lui fait une injure ! En est-on moins heureux lorsque l'on réunit .,

Tout ce que peut donner la fortune et l'esprit; Et qu'on peut recevoir, d'une façon aimable. Ses petits ennemis dont on se moque à table ?

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