‹ OEuvres complètes (volume 3)Chapitre 124 sur 400 · ACTE II, SCENE VII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE VII

Et nous ne pourrons plus tromper impunément.

EDOUARD

Serait-ce donc un mal qui te semble cfïravant?

HENRI

Ce peuple avait, dit-on, la tête très-légère. Je l'ai vu sérieux, sans être trop sévère; Il raisonne sur tout; et toujours très-malin.... On a tort avec lui de jouer au plus fin.

EDOUARD

Comment! tu le jugeais comme fait le vulgaire,

Qui le juge fort mal d'après un ministère

l'rop jaloux d'avilir un grand peuple rival.

Soulevant contre lui l'esprit national.

Il offre le Français au peuple d'Angleterre,

\uisi qu'un animal d'une espèce étrangère,

l'^aible, vain, insolent et toujours très-poltron.

John Bull, le généreux, trouve cela fort bon.

Mais on l'avilit même en bonne compagnie :

Tout Français est un fat dans notre comédie;

La Française est coquette, un marquis meurt de faim.

Et tient pour son dîner une grenouille en main.

Toi, qui viens de Paris, tu me diras, j'espère.

Si l'on y fait encore une aussi maigre chère.

HENRI

Ah! je ne donnais pas dans ces sottises-là.

EDOUARD

Je le sais.

HENRI

Vois la France; et tout t'y surprendra. Un gouvernement fort par une charte libre.

Qui de tous les pouvoirs assure l'équilibre;

Un roi législateur qui veille à son maintien,

Et qui, dans sa famille, en peut voir le soutien.

Des députés instruits, des ministres habiles,

Des électeurs choisis dans les classes utiles;

La voix et les écrits libres de tout lien; ,

De la sécurité pour tous les gens de bien.

Des encouragements donnés à l'industrie.

Des fonds au commerçant, des honneurs au génie,

Du repos au guerrier; et l'espoir d'être mieux.

Voilà ce que j'ai vu.

Voilà ce que je veux.

Si le sort m'a conduit à cet honneur insigne De discuter la loi , je veux m'en rendre digne. Tout s'est détruit ici par l'homme et par le temps. Réparer est le vœu des vrais représentants; Mais non pas renverser. De notre indépendance Nous n'avons maintenant qu'une vaine apparence. Vois notre liberté : c'est la corruption Qui préside à la chambre, à toute élection. Mais la France aujourd'hui, que l'étranger contemple , Ainsi qu'au monde entier, nous servira d'exemple.

HENRI

C'est vrai, l'on t'a nommé : je l'ai tantôt appris; J'en ferai compliment, mon cher, à mon pays. Quoique nous pensions peu de la même manière. Déjà, dès le collège, on voyait ta carrière : Fallait-il demander quelque chose au recteur, A l'instant on nommait Edouard orateur.

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