ACTE II, SC1:NE VII
HENllI.
Faut-il que je le dise ?
Je n'eus depuis long-tempkS , mon cher, un si beau jour : Tu me consoleras des peines de l'amour.
EDOUARD
Eh quoi ?
HENRI
C'est un tourment. Enfin que te dirai-je...? Non; ce n'est pus le temps, et parlons du collège , De nos petits débats, pour nous très-importants; De nos plaisirs si vifs , de nos chagrins si francs. Là , sont tous les défauts qu'on trouve dans le monde : On y connaît l'envie , on y flatte, on y fronde....
EDOUARD
On y connaît de plus la franchise du cœur, Cette douce amitié....
HENRI
Qui fit notre bonheur.
Te souvient-il du jour que, pour quelque folie, Par des hommes frappé je tremblai pour ma vie. Au moment du danger chacun m'abandonna.
jVïa troupe était en fuite ; Edouard me resta. On allait m'accabler sans pitié pour mon âge ; Et si je fus sauvé, c'est grâce à ton courage. Tes efforts généreux me sont encore présents; Et je m'en souviendrais quand je vivrais cent ans.
EDOUARD
Mais je n'ai rien fait là de très-recommandable : Ton dévoiiment pour moi fut bien plus admirable. Un jour.... (notre amitié n'existait pas alors)
Je crus m'apercevoir que tous nos jeunes lords
Avaient en me parlant certaine impertinence ,
Et qu'on me décochait des traits sur ma naissance :
On s'éloignait de moi; quand j'appris par hasard
Qu'en secret ces messieurs m'appelaient le bâtard.
Je ne puis l'exprimer ma honte douloureuse;
Ma situation alors devint affreuse.
Supporter le mépris n'est pas en mon pouvoir;
Et j'allais me livrer au plus grand désespoir....
Tu me vis.... tu voulus avoir ma confiance;
De mes chagrins cuisants je te fis confidence.
Tu ne répondis rien; mais me prennant la main,
De nos étudiants tu réunis l'essaim;
Et du titre d'ami que ta bonté me donne,
Tu me rends tous les cœurs que ta grandeur étonne.
J'en pleurai de plaisir ; et même en ce moment
Mon cœur se trouve ému du plus doux sentiment.
HENRI
Écartons, mon ami, ces souvenirs d'enfa>îce.
( Étourdiment. )
Je veux être plus gai , puisque je viens de France.
EDOUARD
Eh bien, que penses-tu de ce nouveau pays?
HENRI
Qu'il doit nous effrayer; au moins c'est mon avis.
EDOUARD
Pourquoi donc cet effroi ?
Pour la chose publique.
11 nous faudra changer bientôt de politi({uc ;