‹ OEuvres complètes (volume 3)Chapitre 123 sur 400 · ACTE II, SC1:NE VII · texte numérisé non relu

ACTE II, SC1:NE VII

HENllI.

Faut-il que je le dise ?

Je n'eus depuis long-tempkS , mon cher, un si beau jour : Tu me consoleras des peines de l'amour.

EDOUARD

Eh quoi ?

HENRI

C'est un tourment. Enfin que te dirai-je...? Non; ce n'est pus le temps, et parlons du collège , De nos petits débats, pour nous très-importants; De nos plaisirs si vifs , de nos chagrins si francs. Là , sont tous les défauts qu'on trouve dans le monde : On y connaît l'envie , on y flatte, on y fronde....

EDOUARD

On y connaît de plus la franchise du cœur, Cette douce amitié....

HENRI

Qui fit notre bonheur.

Te souvient-il du jour que, pour quelque folie, Par des hommes frappé je tremblai pour ma vie. Au moment du danger chacun m'abandonna.

jVïa troupe était en fuite ; Edouard me resta. On allait m'accabler sans pitié pour mon âge ; Et si je fus sauvé, c'est grâce à ton courage. Tes efforts généreux me sont encore présents; Et je m'en souviendrais quand je vivrais cent ans.

EDOUARD

Mais je n'ai rien fait là de très-recommandable : Ton dévoiiment pour moi fut bien plus admirable. Un jour.... (notre amitié n'existait pas alors)

Je crus m'apercevoir que tous nos jeunes lords

Avaient en me parlant certaine impertinence ,

Et qu'on me décochait des traits sur ma naissance :

On s'éloignait de moi; quand j'appris par hasard

Qu'en secret ces messieurs m'appelaient le bâtard.

Je ne puis l'exprimer ma honte douloureuse;

Ma situation alors devint affreuse.

Supporter le mépris n'est pas en mon pouvoir;

Et j'allais me livrer au plus grand désespoir....

Tu me vis.... tu voulus avoir ma confiance;

De mes chagrins cuisants je te fis confidence.

Tu ne répondis rien; mais me prennant la main,

De nos étudiants tu réunis l'essaim;

Et du titre d'ami que ta bonté me donne,

Tu me rends tous les cœurs que ta grandeur étonne.

J'en pleurai de plaisir ; et même en ce moment

Mon cœur se trouve ému du plus doux sentiment.

HENRI

Écartons, mon ami, ces souvenirs d'enfa>îce.

( Étourdiment. )

Je veux être plus gai , puisque je viens de France.

EDOUARD

Eh bien, que penses-tu de ce nouveau pays?

HENRI

Qu'il doit nous effrayer; au moins c'est mon avis.

EDOUARD

Pourquoi donc cet effroi ?

Pour la chose publique.

11 nous faudra changer bientôt de politi({uc ;

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