ACTE V, SCENE IL aSf
Dites-lui de choisir un autre défenseur, Qu'en cherchant, elle peut en trouver un meilleur. Je sais qu'à l'intérêt qu'elle vous fit paraître. Vous devez en retour , de l'amitié peut-être , Mais vous ne devez pas sacrifier l'amour Que l'hymen a l'espoir de couronner un jour.
EDOUARD
Mais, Clara, ce malheur, jamais puis-je le craindre ?
Âh! s'il me menaçait, je serais trop à plaindre!
Et , pour vous rassurer sur la tendre frayeur
Qui vous tourmente un peu, mais qui fait mon honheiir,
Je saurai bien, ce soir, prouver à votre père
Qu'il n'a rien à risquer dans toute cette affaire:
C'est sa timidité qui cause vos chagrins.
CLA.RA
Non , monsieur , ce n'est point mon père que je crains.
Mais c'est ma belle-mère : elle agira de sorte
Qu'elle le forcera de vous fermer sa porte.
De sa haine pour vous pourra-t-on la blâmer?
Est-ce donc un moyen de vous en faire aimer ,
Que d'aller accuser le ministre son frère?
Elle aurait très-grand tort d'agir en sens contraire.
Pouvez-vous sur ce point vous faire illusion !
Moi, j'ai très-peu d'esprit, encor moins de raison;
Mais si je me trouvais dans cette circonstance.
Et si quelqu'un jamais vous faisait une offense.
Bien loin de l'accueillir et de le recevoir.
Je le détesterais et ne pourrais le voir.
EDOUARD
Par ce raisonnement, vous savez me confondre;
Et je le détournais pour ne pas y répondre. Oui, milady pourrait, d'après un tel éclat, Rompre notre lien, et sans qu'on l'en blâmât. Et qui pourrait d'ailleurs compter sur votre père ? Près de sa femme il tremble, il est sans caractère; Et ma position , par un effroi subit , Me montrant mon malheur, me glace et m'interdit.
CL A RA
Mais il est un moyen que tout cela finisse; Et de miss Odelson faites le sacrifice.
EDOUARD
Qui, moi, l'abandonner! Vous me connaissez mal. Cet instant pour mon cœur est sans doute fatal; Je souffre tous les maux qui peuvent blesser l'ame. Excepté le tourment qui doit punir l'infâme. J'ai donné ma parole. Est-ce donc aujourd'hui , Qu'en voyant le malheur réclamer mon appui , Je pourrais refuser de défendre sa cause? Et quand sur mes travaux son avenir repose , Ma bienfaitrice en moi n'aurait aucun espoir!.... Non, de perdre Clara je suis au désespoir, A son amour si vrai je resterai fidèle , Je sens trop que ce cœur ne peut vivre sans elle; Mais si par la bassesse il me faut l'obtenir, Faisons notre devoir, et puis sachons mourir!