‹ OEuvres complètes (volume 3)Chapitre 180 sur 400 · COMÉDIE HISTORIQUE EN CINQ ACTES ET EN PROSE · texte numérisé non relu

COMÉDIE HISTORIQUE EN CINQ ACTES ET EN PROSE

SUR

Oepuis long -temps j'avais le désir de peindre Tintérieur d'une cour, et cette agitation que fait naître parmi les courtisans le plus ou le moins de laveur obtenue par tel ou tel personnage. 3 'avais senti qu'une disgrâce éclatante pouvait seule me fournir une intrigue suffisante pour développer les différents caractères que je voulais mettre en scène; et j'avais pensé à la disgrâce de M. de Choiseul. Mais je m'aperçus bientôt que je trouverais beaucoup d'obstacles dans l'exécution du plan de ma comédie ; et je vis que, pour arriver âmes concitoyens, il me fallait absolument voyager à l'étranger ; que pour peindre lesmœurs de la cour de France, j e devais donc déguiser mes personnages en Allemands ou en Espagnols ; car l'Angleterre, qui m'a si bien servi dans mon École des Députés, ne pouvait pas m'offrir les cabales d'une cour corrompue: là, en effet, les courtisans se ligueraient en vain contre une administration forte de ses lois et de sa responsabilité. L'Allemagne ne m'offrait guère plus de matière à

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mon sujet; car dans ces cours de la Germanie, remarquables par leur simplicité, leur peu de luxe, 1 a*^ bonhomie , je dirai même la paternité de leurs chefs, j'aurais en vain cherché des tableaux de ces lâches intrigues , de ce cynisme des grands qui ne rougissent d'aucun moyen pour conserver leur faveur, et qui se vantent d'être courtisans, comme on se vante d'être honnête homme. Il ne me restait donc plus que l'Espagne où je pusse espérer de placer convenablement ma scène; car pour mon sujet l'histoire me l'avait déjà donné dans la disgrâce aussi prompte que dramatique de la Princesse des Ursins.

Quoique je fusse bien décidé à peindre en masse les courtisans, la crainte de ne pas réussir, en traitant ce sujet difficile, me faisait éloigner le moment où je devais m'en occuper ; et ce moment serait peut-être encore à venir, si une circonstance singulière ne m'eût rappelé mon projet de pièce, et n'eût réchauffé le désir que j'avais de l'exécuter. Je dînais dans la maison d'un ami , vers le temps de la disgrâce de M. de Cases: au nombre des convives, il s'en trouva un qui était fort attaché à ce ministre ; il témoigna son indignation contre les courtisans en faisant un tableau de la conduite des personnes qui , après avoir reçu de M. de Gazes des preuves sincères d'amitié, venaient de l'abandonner delà manière la plus lâche, dès qu'il avait cessé d'être

en faveur. Il nous peignit son liôtel , qui ne pouvait jadis contenir tous ses flatteurs, changé tout à coup en un désert, abandonné même par ceux qui se disaient les amis les plus intimes du maître. Quoiqu'on doive s'attendre à ces péripéties de cour, quoique , sous tous les règnes , depuis les Marillac jusqu'aux de Cases , on ait eu l'exemple d'un pareil abandon , lorsque la chose arrive on n'en est pas moins disposé à s'en étonner; comme si l'on pouvait supposer que des courtisans puissent être plus estimables dans un temps que dans un autre. Ce tableau fait par un convive qui me parut un fort galant homme , en donnant matière à nos réflexions , me rappela tout-à-fait ma pièce, et je résolus mentalement de ne pas laisser passer l'année sans essayer de mettre sur la scène, l'avidité, l'ingratitude, la perfidie et la bassesse des courtisans. C'est cette comédie que j'offre à mon lecteur. J'avais lu à l'académie mon École des Députés , dont la censure n'eût point permis la représentation ; Je crus devoir aussi lire ma Princesse des IJrsins, particulièrement condamnée à l'oubli par cette même censure; et, avant de commencer, je soumis à l'assemblée les observations suivantes :

« Je vais avoir l'honneur d'offrir à la critique éclairée de mes confrères la Princesse des Ursins, ou les Courtisans. Cette comédie en prose qui se

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trouve mise à l'index, ainsi que \ Orateur anglais, et la Complot de Famille^ ne m'a jamais paru mériter la rigueur de la censure , puisque le temps et Les lieux où se passe l'action , rendent impossible toute espèce d'allusion aux événements présents. « Quels sont les personnages de ma pièce ? des courtisans ; des courtisans !

Présent le plus funeste Que puisse faire aux rois la colère céleste ,

a dit Racine.

«Certes, dans ces hommes que l'on a toujours regardés comme les plus dangereux ennemis des princes, la censure n'a pu voir une classe respectable. Je sais qu'au nombre de mes courtisans, il se trouve un poète; et il serait possible que nos censeurs, par respect pour les lettres, n'aient pas voulu permettre que l'on portât quelque atteinte à notre dignité. Enfin quelles qu'aient été les raisons delà censure, elles sont sans doute très-bonnes, puisque je ne puis en appeler à aucun autre tribunal. Mais il vous reste , me dira-t-on peut-être , l'honorable avantagedepouvoir faire connaître vos travaux à l'académie par une lecture en famille, et au public par la voie de l'impression. Sans doute , ces avantages sont très-grands; mais pour j)eu que la censure i)roAire souvent cette satisfaction à nos auteurs «Iramaliqucs , ils pourront dater leur^ adieux aux

SUR U\ PRINCESSE DES URSINS. .i8i muses (lu triste lieu qu'habita le poète Fabrice de joyeuse mémoire.

« Si la résignation est une vertu dans tous les temps, à qui est-elle plus nécessaire aujourd'hui qu'aux auteurs? Ne point murmurer contre le sort, jouir du peu qui nous reste, ce doit être maintenant la philosophie de l'auteur le moins philosophe. En y réfléchissant, j'ai trouvé une consolation dans la sévérité de mes juges : peut-être m'ont-ils préservé d'un revers. Simple bourgeois, je n'ai pu étudier la cour que dans les livres ; et il serait possible que je n'eusse pas bien saisi la mobile physionomie d'un courtisan, le piquant de son langage, le faux semblant de ses affections. Ne pouvant donc dessiner d'après nature , j'ai cru qu'il m'était permis d'emprunter à Champfort et à Duclos , quelquesuns de ces mots qui sentent le terroir; par cela même que ces mots sont pénibles, qu'ils s'éloignent du naturel, il m'a semblé qu'ils devaient appartenir à mes personnages: les courtisans ne sauraient parler comme les autres hommes. Ils ont un langage qui leur est propre. L'aurai-je bien imité? c'est ce que je ne sais pas bien encore. Molière n'est plus; et lui seul, grâce à Louis XIV, avait le talent et le pouvoir de peindre à grands traits, et d'offrir au public les vices et les ridicules des gens de cour. »

PERSONNAGES

La Princesse des URSINS , camarera major de la reine d'Espagne.

La Marquise de MÊLAS , dame de la princesse.

La Comtesse PICADA , seconde dame de la princesse.

ÉLÉONORE de la TREMOILLE , nièce de la princesse.

Le Duc de POPOLI, courtisan de la princesse.

Don SALVADOR, ancien secrétaire du Grand-Inquisiteur.

LÉON, jeune officier aux gardes.

Le Chevalier de GIRASOL , poète.

NÉRICAUT DESTOUCHES , envoyé secret de la France.

PEDRO, valet de chambre de la princesse.

JUAN, valet de don Salvador.

Un HUISSIER iV^ la Cour.

Plusieurs courtisans, personnages mucls.

La scène esl à Quadraqucz, ilaiis uu palais du roi (l'Espagut

LA PRINCESSE

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