ACTE III, SCENE VI
utile à la fortune et à l'ambition de ceux qui veulent bien me l'accorder.
LE DUC, à part.
Avec quelle adresse elle veut le séduire.
DESTOUCHES
Leur confiance, madame, me surprend d'autant moins que je dois supposer que dans ces confidences secrètes , ils ne peuvent traliir les intérêts de leurs maîtres. L'honneur qui se vend , si peu qu'on en donne , est toujours payé plus qu'il ne vaut.
LA PRIACESSE.
S'entendre pour des avantages communs à tous les souverains, ne peut jamais paraître une trahison.
LE DUC, à part à la princesse.
\ous ne lui arracherez pas son secret.
LA PRIiVCESSE, basaudnc.
Ce n'est qu'en l'irritant que je le forcerai de se découvrir. {Haut) Ainsi, monsieur, vous n'êtes qu'un voyageur; et je me suis tout-à-fait trompée en vous supposant un envoyé. Loin que cette nouvelle m'afflige , je m'en réjouis ; car, je puis vous l'avouer , je suis trèsmal avec votre ambassadeur. Très-inquiet du résultat d'une affaire dont j'avais chargé le cardinal Giudice , il n'a point attendu son rappel pour quitter l'Espagne. Il m'importe peu de savoir quel motif l'attire en France. Que puis-je maintenant attendre du cabinet de Versailles. Qu'y vois-je à la tête? Un roi que sa vieillesse rend inhabile aux affaires, dont tout le désir est de paraître encore dans quelques vaines cérémonies, et
qui ne peut plus avoir la force d'imposer des lois à
l'Espagne.
DESTOTJCHES.
La vieillesse du roi peut, en effet, vous enlever bien des craintes; mais, malgré la situation présente de ma patrie, je suis convaincu que Philippe n'oubliera jamais que sa couronne coûta cher à la France.
LA PRINCESSE, s'échauffant par degrés.
Est-ce un motif pour qu'il ne règne qu'en esclave ? Et faut-il aussi qu'il conserve de la reconnaissance pour le duc d'Orléans , dont les mœurs et les principes doivent faire rougir jusqu'à ses protégés.
LE DUC , à part.
Il reste calme.
LA PRINCESSE
Et quels sont aussi ses amis? des hommes corrompus qu'il a lui-même flétris d'un odieux surnom. Quel est ce prince, qui n'admet de conseils que ceux d'un misérable que ses bassesses feront parvenir peut-être au plus haut degré de la faveur? Et ce serait un pareil homme qui essaierait de porter le trouble dans ce pays en voulant tromper une jeune reine par quelques obscurs envoyés ?
LE DUC, bas à la princesse.
A sa figure qui pourrait croire que cela le regarde?
DESTOUCHES
Si j'avais l'honneur d'être un personnage important, tel qu'on paraît le soupçonner, je ne me permettrais de défendre les illustres personnages que Ton vient d'attaquer, qu'autant que mes instructions m'en fe-