ACTE 111, SCÈNE XI. 36i
j)rniccsse ? Elle est bien loin de soupçonner le coup qui la menace.
DESTOUCHES
Mais d'après la lettre qu'elle vient de recevoir du roi, sa sécurité est excusable... Concevez-vous quelque chose à cela ? Philippe , qui l'assure plus que jamais de son amitié.
DON s ALV A. DOK.
Que cela ne vous inquiète pas. C'est Albéroni qui, dès avant son départ, lui a fait tracer, par Elisabeth, la conduite qu'il avait à tenir. Sans doute il vient d'écrire à madame des Ursins ; mais dans le même instant le capitaine des gardes reçoit l'ordre de n'obéir qu'aux volontés de la reine.
DESTOUCHES
Je vois avec chagrin que Philippe ait eu recours. à certaine adresse que l'on pardonne à peine aux courtisans.
DON SALVADOK,
Ah ! ces moyens détournés ne vous répugnent pas plus qu'à moi. La franchise, la loyauté devraient être les premières vertus d'un prince; mais il est souvent telle circonstance qui exige de la dissimulation.
DESTOUCHES
Même de la perfidie.
DON SALVADOK.
Soit ; mais quand d'une faute il résulte un bien pour le roi, pour Tétat ou pour l'église, loin de s'en repentir, on ne doit pas craindre de s'en rendre coupable.
DE s TOUCHES.
Cette morale est assez en usage, je le sais. C'est sans cloute là le motif qui vous a fait vous dévouer en aveugle aux projets de l'abbé Albéroni et du cardinal?
DON SALVADOR
J'ai dû m'associer aux ministres de Dieu outragés par im indigne philosophe que la princesse a très-imprudemment protégé ; j'ai dû immoler mes goûts , mes habitudes , ma reconnaissance pour me ranger sous des étendards sacrés, m'armer contre l'impie, et faire triompher la cause du trône et de l'église.
DESTOÙCHKS, à part.
Le misérable! il me ferait rougir de mes fonctions. [Haiit.^ Ce qui m'étonne, c'est que Philippe ait pu consentir à se séparer d'une amie 1
D01?f SALVADOR.
Son nouvel amour seul pouvait l'y décider. Le roi est homme, il a des passions très-vives; et ceux qui sont chargés du soin de diriger sa conscience ont dû les faire tourner vers un but légitime.
DES TOUCHE s.
L'intrigue a été conduite avec une grande habileté ; mais si la princesse peut revoir le roi?...
DON SALVADOR
Aussi ne le reverra-t-elle pas. Ce n'est que pour empêcher Philippe de céder à sa faiblesse qu'on l'a séparé de la favorite. Il ne fallait rien moins que l'arrivée de la reine pour trouver un prétexte à cette séparation. On a fait un devoir à madame des Ursins d'aller sept lieues plus loin à sa rencontre, elle a donné