SCÈNE XII
La comtesse, SALVADOR, DESTOUCHES.
LA. COMTESSE
Eh bien, don vSalvador, vous savez la nouvelle? La princesse a reçu un billet charmant du roi. On ne parle que de cela dans le palais.
SALVADOR
Je sais qu'elle est maintenant très-heureuse ; et je partage bien sincèrement sa joie.
LA COMTESSE
Moi, j'en suis au comble de l'ivresse. Imaginez que tous les Alméda la croyaient en pleine disgrâce; je viens de les rencontrer, et, quoiqu'ils n'eussent pas la figure très-abattue de cette bonne nouvelle, je n'ai pu m'empêcher de leur faire entendre que la princesse n'ignorait pas qu'ils étaient ses ennemis secrets,
SALVADOR
Vous avez eu tort. La prospérité nous oblige à plus de modération.
LA COMTESSE
Il s'agit bien d'avoir des ménagements pour de telles gens; surtout avec cette folle de comtesse qui , dès
qu'elle me voit , se met toujours à ricaner. Oh î certainement on saura que cette méchante langue a dit, devant vingt personnes , en parlant de madame des Ursins, «que Tâge se faisait sentir sur son visage, « que ses yeux bleus commençaient à devenir ternes; « et qu'il serait temps qu'elle se jetât dans la dévoi( tion. »
DtSTO UCHES.
Oh! je suis de votre avis, la princesse ne lui partlonnera pas,
SALVADOR
Prenez-y garde, comtesse; il faut de l'indulgence pour la faiblesse humaine. En répétant par zèle à la princesse tout ce que vous entendez dire , vous pouvez compromettre de très-honnêtes gens.
DFSTOUCHES.
Don Salvador a raison. Dans les cours , l'éclat ne sert a rien ; et pour arriver à son but, il faut marcher avec prudence.
LA COMTESSE
Ah! mon dieu! messieurs, comme vous êtes tous deux en train de prêcher.... J'aime beaucoup la morale; mais c'est dans la chapelle du roi. En attendant l'effet de ma conversion , je cours féliciter la princesse. Mais la voici, suivie de nos amis : ils ont tous un air de satisfaction qui m'enchante.