ACTE IV, SCENE
LE DUC
Ah ! don Salvador, vous le savez mieux que moi. Votre liaison avec Alberoni vous a mis dans tous les secrets ; et , quoi qu'on en dise, entre nous , je le crois à la veille de supplanter la favorite.
SALVADOR
J'en serais bien fâché; car c'est une personne que j'honore, que je respecte.
LE DUC
N'avez-vous pas remarqué , comme moi, que la lettre du roi est bien insignifiante, et qu'il y parle très-peu de la reine ?
SALVADOR
Toutes ces lettres , où l'amour se cache sous le masque de l'amitié , je ne veux ni ne dois jamais y rien remarquer.
LE DUC
Et cet envoyé, qui dédaigne de se faire présenter? et le roi qui, pour la première fois, se sépare de la princesse; et le triomphe presque public de ses ennemis qui nous ont précédés à Quadraquez...
SALVADOR, malignement.
Je sais qu'on pourrait en tirer quelques conséquences qui peuvent inquiéter, vous, plus que personne, qui êtes à la veille de devenir son neveu.
LE DUC
Sans doute ; mais si cet hymen pouvait blesser Elisabeth , vous sentez qu'il ne serait pas convenable qu'il s'achevât.
s A.L V A DOR.
Comment ' vous , l'ami de la princesse, vous pouvez renoncer aux avantages...
LE i)UC.
Aux avantages! vous en parlez fort à votre aise. Songez donc à ma position, et que le gouvernement qui m'est promis...
SALVADOR
Je songe à celle de cette excellente princesse...
LE DUC
Mais l'excellente princesse est si ambitieuse...
SALVADOR
C'est une femme d'un si grand esprit.
LE DUC
Oui ; mais qui tend toujours à dominer.
Salvador.
Elle a donné de si bons conseils au roi.
LE DUC
J'en conviens ; mais elle l'a souvent rendu l'esclave de ses volontés.
SALVADOR
[ Elle l'a consolé dans ses peines.
LE DUC
Et fatigué par ses jalousies.
SALVADOR
Elle est si bienfaisante , si noble.
LE DUC
Si exigeante , si impérieuse.
SALVADOR
Ah ! pouvez-vous traiter ainsi la femme que j'honore