ACTE IV, SCENE XVI
perte. C'est à lui que j'étais adressé pour négocier voire disgrâce.
LA. PRINCESSE
Ah î monsieur , quel coup vous me portez !
ÉLÉONORE, la soutenant. ^"
Vous pâlissez , chère tante !
LA PRINCESSE
Don Salvador ! lui qui me doit tout , que j'ai tiré de l'obscurité! Mais quel peut être le motif de sa trahison ?
DESTO UCHES.
Vous avez défendu un philosophe contre les persécutions de l'Eglise ; vous avez appelé dans ce pays la tolérance et l'humanité.
^ LA PRINCESSE
Que la France ait désiré ma perte , je le conçois. J'ai voulu rendre Philippe indépendant de son ministère : j'ai voulu qu'il ne régnât que pour son peuple; et c'est lui h qui j'ai quelquefois inspiré de l'énergie , qui me doit tout ce qui s'est fait de grand sous son règne , c'est lui qui me livre à mes ennemis ! Et pour mieux me cacher le piège où l'on m'entraîne, il m'écrit pour m'enivrer de flatteuses amitiés, pour endormir ma prudence. L'ingrat! mais non, il est impossible qu'il ait poussé la perfidie à ce point; il est impossible qu'une princesse dont la jeunesse et l'inexpérience ne peuvent concevoir tous les détours d'une basse politique, qui me doit le sort brillant qui l'attend , me repousse à l'instant où j'irai lui rendre des respects. Je connais ce <{ue peut la haine des ennemis de cour; mais ya sais
/jia LA PRINCESSE DES URSINS.
aussi ce que je puis attendre de mon courage , de mon innocence et de quelque éloquence peut-être. Elisabeth me verra, elle entendra ma voix , je l'accompagnerai jusqu'aux pieds du monarque. Osera-t-il soutenir mes r^ards? osera-t-il rejeter mes plaintes? non, il cédera, et ce n'est que la plus éclatante justice qui pourra me faire oublier sa faiblesse.
DESTOlICHES.
Ah ! princesse , je vous le répète encoie , ne vous exposez pas à inie humiliation qui ajouterait à la joie de vos ennemis.
ÉLÉOIVORF.
Ma tante, suivez les conseils de ce bon monsieur,
LA PRINCESSE
Et quel genre d'humiliation pourrais-je épwUvcr.^
UESTOUCHES.
Il faut vous le dire, l'appartement de la reine vous est défendu. Les ordres sont donnés ; vous ne pouvez en approcher.
LA PRINCESSE, accablée.
J'étais loin de prévoir tant d'injustice. On me condamne sans m'entendre! Quelle honte! De tous ceux que j'ai comblés de bienfaits, qui tout à l'heure encore se disaient mes amis, pas un ne m'apporte un regret, vme larme. Je suis seule! Et c'est un étranger, mon ennemi, dont l'intérêt touchant.... Ah! monsieur, achevez votre ouvrage ; vous seid pouvez faire renaître quelque espoir dans mon ame... Vous êtes noble , généreux; je vous demande une grâce; je vous la demande à genoux.