ACTE V, SCENE VII. 43ï
LA PRINCESSE
La pitié! moi, inspirer de la pitié.... à vous, monsieur le duc! gardez, je vous prie, ce sentiment pour vous-même.
LE DUC
Ali ! si vous vous offensez d'un mot que m'a arrache votre triste situation....
LA COMTESSE
En effet, pourquoi vous contraindre, quand le courroux et l'indignation se montrent sur tous vos traits?
LA PRINCESSE, à Destouches, à part.
Faut-il me voir ainsi humiliée!
LA M ARQ UISE , bas à la comtesse.
En lui parlant, craignez de la hlesser; elle étouffe, la pauvre femme.
LA PRINCESSE
Inspirer la pitié! moi!
LA MA RQUISE , unpeu bas.
Ma chère princesse, ne retenez plus vos larmes. Vous savez si je vous aime.
LA PRINCESSE
Oui, vous encore peut-être; mais eux, qui les a donc si bien instruits de ma destinée ?
DESTOUCHES
C'est don Salvador qui vient de nous quitter.
LA PRINCESSE, éclatant.
Le traître ! le misérable ! Vil serpent que j'ai réchauffé dans mon sein.
DESTOUCHFS, bas à la princesse.
De grâce, calmez-vous; supportez avec courage ce revers de la fortune.
LA. PRINCESSE
Je ne le puis en présence des vils artisans de ma perte ; de ces gens qui , me voyant sur le bord d'un abîme , se sont réunis pour m'y précipiter. — Voyez ce duc qui me doit ses titres, ses honneurs, et presque sa fortune entière; dès qu'il a vu que l'appui sur lequel il comptait allait lui manquer, après m'avoir fait le plus sanglant outrage en rejetant mon alliance, il s'est empressé d'empoisonner toutes mes actions avec la plus amère ironie , et de me livrer en riant aux sarcasmes de mes ennemis.
LA COMTESSE
Ne faites pas attention à cela , mon cher, duc, vous voyez bien que la tête.... -'':"'■'':'
LA PRINCESSE, montrant la comtesse.
Et cette autre dont le zèle vil et bas me servit quelquefois, et me fît plus souvent rougir; cette femme qui , par des rapports infidèles ou vindicatifs, m'eût portée au crime si ma raison et mon cœur n'avaient su m'en détourner , quels mensonges croyez-vous qu'elle répande maintenant parmi les valets de la reine, afin de les lui faire parvenir? elle a osé dire que j'avais appelé des poètes auprès de moi , moins pour célébrer l'arrivée d'Elisabeth, que pour lui faire sentir, par les éloges qui me sont prodigués dans leurs vers, que c'est mol seule qui suis la souveraine.