SCÈNE III
Le duc, La MARQUISE, Le BAROÎN , qui cuire-.
L E DUC
Comment! notre gourmand n'a pas encor paru ? Serait-il donc allé s'informer du menu?
LA MARQUISE
Le voilà.
LE BARON
Mon cher duc, ah! quelle triste chère Nous allons faire ici , cela me désespère.
LA MARQUISE
Eh, baron calmez-vous,
LE BARON
Lorsque l'on vit aux champï, , Il faut avec esprit employer ses instants; Et savoir y bien vivre est un point nécessaire. C'en est fait, je le vois, de notre cher beau-père; 11 faut qu'il ait perdu tout-à-foit la raison. Comment peut-il donner un repas qui soit bon , Sans l'art d'un cuisinier? Je n'ai vu qu'une fille Qui très-bourgeoisement va traiter la famille. J'ai voulu la sonder sur certain mets choisi : Rien : nous serons forces à vivre de rôti.
LE DUC
A'oyez le grand malheur!
5i8 LE COMPLOT DE FAMILLE.
LA MARQUISE
Mon cher baron , de grâce !
Nous sommes seuls , parlons de tout ce qui se passe : Sur ce que nous ferons il faut nous accorder.
LE DUC
Ce que nous allons voir pourra nous décider.
LE BARON
Avec art je saurai rédiger la requête.
LE DUC, en riant.
Dites donc digérer !
LA MARQUISE, avec impatience.
Ah ! bon dieu , quelle tête !
Allons , occupons-nous de l'objet important Qui nous conduit ici.
LE DUC, d'un ton grave.
Je dois , madame, avant D'accuser près du roi le comte de folie, Par des faits bien prouvés constater sa manie. Les faits étant prouvés, il faut les présenter. Quand le ministre à moi veut bien s'en rapporter, Je ne trahirai point, en cette circonstance, Par intérêt pour vous sa noble confiance: Je ne suis pas encor de votre opinion. Vous dites que le comte a perdu la raison ; Qu'il faut, pour l'intérêt de toute une famille. De ses fils, de son gendre et de sa belle-fille,' Le lier de façon qu'il n'ait plus les moyens De vous ri'iner tous en dissipant ses biens : Soit. S'il est en effet dans l'état de démence, Notre requête au roi montre son un puissance
A.CTK 11, SCExNE lll. h()
De régir su maison; et notre protecteur Lui fiiit, sur mon rapport, nommer un curateur. Mais il faut meclaircir. Quant à la jeune femme Qu'ici maître et valets appellent tous madame , Je ne la connais pas, mais on en parie mal; Son séjour en ces lieux doit vous être fatal : Tout ce qu'on en a dit n'étant pas à sa gloire , Le ministre mon oncle a bien fait de vous croire; Et, d'après le tableau qu'on a mis sous ses yeux. Il ne pouvait jamais refuser à nos vœux La lettre de cacbet qui de votre beau-père Saura très-promptement écarter l'étrangère. Cette femme est obscure, et vient on ne sait d'oîj ; D'un bomme raisonnable elle a fait un vrai fou ; On la met au couvent , son fds dans un collège , C'est le gouvernement enfin qui les protège; Dans notre beau projet je ne vois aucun mal. Et cet enlèvement est tout-à-fait moral.
LA MARQUISE
J'éprouve un sentiment contre cette inconnue
Plus fort que le mépris... qu'elle s'offre à m.i vue!
Et je veux!... elle fait démolir ce cbâteau!
Je n'y reconnais rien, tout m'y paraît nouveau;
Vous ne trouvez partout que des monceaux de pierresi,
Et, dans les environs, de petites chaumières.
Je ne vois plus ce parc (jue jadis nos aïeux
Avaient, par leurs vassaux, fait planter dans ces lieux.
Tout s'abat, se morcelé; et ce vaste héritage,
Tout royal autrefois , n'est plus rien qu'un vdlage.
Mon fils est ruiné, je vous le dis, baron,
Si cette femme encor reste dans la maison ; Si le comte sans nous prétend à se conduire. Et si nous n'obtenons de le faire interdire.
LE DUC
Il faut y parvenir. Ah ! si vous m'en croyez , Ecrivez , cher baron , tout ce que vous verrez. Quand mon oncle viendra , notez bien sa manie , Et citons franchement tous ses traits de folie. Eh! mais, pourquoi sa fille, en nous voyant partir. S'est-elle donc ici refusée à venir ?
LE BARON
Ah! ne m'en parlez pas. Elle a certain scrupule.... Que vous dirai-je enfin ? ma femme est ridicule.
LA MARQUISE
Ses frères ont aussi fait des difficultés.... Des scrupules d'abord les avaient arrêtés ; Mais j'ai su les lever en attestant d'avance Que mon beau-père était en état de démence; Et tous deux ne pouvant quitter leur garnison , J'ai reçu, pour agir, leur procuration. ^
LE DUC
Des chevaliers n'ont pas l'espoir de la richesse. (^'est votre fils , surtout , que la chose intéresse : Lui seul emportera plus des trois quarts du bien. Qu'il est bien inventé le privilège ancien ! Pour nous ouvrir des cours la route glorieuse, (Jhacune de nos sœurs se fait religieuse.
( Ea riant. )
Et puis, pour être abbés les cadets qui sont nés.... (j'cst vraiment un beau droit, au moins, pour les aînés,