SCÈNE lY
MA.DAMF DORMON , Le DUC , La MARQUISE , Le baron.
LE DUC
Est-ce là notre veuve ? Eh ! mais , qu'elle est jolie î
LA. MARQUISE
Quoi ! vous la trouvez bien?
LE DUC
Charmante , sur ma vie.
MADAME DORMON.
jMaclame , j'attendais, pour vous complimenter, Qu'un maître de maison voulût me présenter : Mais comme il est sorti...
LA MARQUISE
Madame est l'étrangère Qu'on appelle Dormon ?
LE D U C , à part.
Elle a bonne manière.
MADAME DORMON.
Oui, madame. ,
LA MARQUISE
Au château vous avez un emploi ?
Mon beau-père étant veuf...
Madame , excusez-moi , Je ne vous entends pas.
LE DUC, d'un air ironique.
Eh ! non , chère cousine ;
Madame est une amie , à ce que j'imagine. jMon oncle s'ennuyait dans ce triste pays : Elle est tout bonnement venue avec son fils De ce pauvre reclus partager l'ermitage.
LA M A.RQUISE.
Oui , pour le consoler des ennuis du veuvage.
MADAME DORMOIV, avec dignité.
Madame !...
LE DUC
Ecoutez donc : quel titre vous donner ? Qui vous voit en ces lieux a droit de s'étonner. Peut-être injustement la famille en raisonne.
MADAME DO RM ON
Ne me connaissant pas , monsieur , je lui pardonne.
Cependant on pourrait , avant de s'oublier
Par d'injustes soupçons à me calomnier.
Savoir que l'on outrage, en m'outrageant moi-même,
L'honneur et la vertu d'un père que l'on aime.
Le devoir , la vertu , madame , c'est fort bon :
Je m'en arrange autant que seigneur de bon ton ;
Mais on n'en est pas moins un homme respectable ,
Pour offrir son hommage à quelque femme aimable.
Mon oncle n'est pas jeune, et pourtant il est bien,
Il peut même prétendre à former un lien ;
Et lorsque comme vous on est faite pour plaire ,
On ne s'étonne point que son cœur vous préfère.
Si j'étais à sa place, et j'en ai le désir,
Ce cœur que vous charmez de même irait s'offrir.