ACTE IJI, SCENE I. 5'3ç
LE BARON, de même.
Très-bien.
LE COMTE, au duc.
J'ai quelque iiujuiétutk; Que l'ennui ne vous prenne en cette solitude. Vous saurez avec peine occuper vos instants : Puis, dans cette saison , il n'est plus de beau temps. Vous irez au billard, ou vous prendrez un livre, Qui, tout en amusant, peut nous apprendre à vivre. Vous en ferez le choix.
LA M ARQU I SE.
Avez- vous des romans?
LE COMTE
Mais oui, j'ai tous les bons, tant anglais qu'allemands.
Des Mœurs, par Voiseiion^ moi j'aime la peinture.
LE COMTE
Je vois que vous avez de la littérature.
LE DUC
Mais en théâtre, au moins, on me connaît du goût. Puisque c'est Marivaux que je préfère à tout.
LA MARQUISE
Moi , je tiens à Dorât.
LE COMTE
Eh ! je n'ai que Molière; En tragiques. Corneille et Racine et Voltaire.
L E DUC
Malgré ce qu'on en dit, le Voltaire a du bon.
LA MARQUISE
Mais notre vieux Molière est du plus mauvais ton;
r>4o LE COMPLOT DE FAMILLE.
Personne n'y va plus : de Dorât on raffole.
LE COMTE
Je ne le connais pas, mais..,.
LA MARQUISE
Il doit faire école :
11 est du dernier bien.
LE COMTE, lève les épaules en se préparant à soi tii .
Si de vous quitter tous Je ine trouve forcé....
LE DUC
Mais oii donc allez- vous ?
LE COMTE
Je vais voir les essais d'une joyeuse enfance; Edouard fait ma leçon quand je fais une absence. Vous ririez en voyant un maître de douze ans , Sans gronder , sans parler , instruire des enfants : Du chevalier Paulet je tiens cette méthode : En vain le roi l'approuve ; elle n'est pas de mode. Le Français, trop léger, n'osera s'en servir Que lorsque les Anglais voudront bien nous l'offrir, li'invention est belle.
LE BARON
Invention très-folle.
LE DUC
Le comte de Grandval s'est fait maître d'école !
LE COMTE
Je suis tout ce qu'on veut pour faire un peu de bien,
LA MARQUISE
Cette méthode-là ne vous conduit à rien'; Vos vassaux ont-ils donc besoin de savoir lire?