SCÈNE II
La marquise. Le DUC, Le BARON,
LE DUC
Plus de doute, mon oncle est un fou sans espoir, Il n'est pas mal aisé de s'en apercevoir. Un seigneur de son nom qui cultive sa terre, Qui prend d'un paysan l'habit et la manière , Qui, de chaque manant fait lire le bambin, Et peut-être aux grands jours va chanter au lutrin; Qui ne veut point avoir de chasse réservée, Qui supprime ses droits, et même la corvée; Qui nous met en prairie un magnifique étang. Parle d'orge ou d'avoine, en dépit de son rang; Est fait pour végéter dans une métairie. En cédant à son fils son titre et sa pairie.
LA MARQUISE
Plus nous l'examinons, plus le danger est grand: Vous vovez l'intérêt qu'il prend à cet enfant Qui doit appartenir à la classe commune ;
542 LE COiMPLOT DE FAMILLE.
îl a fait le projet d'assurer sa fortune : Et , comme je fai dit , ces divers changements. Qu'il appelle du nom de simple passe-temps, Sont faits pour enrichir le fils d'une étrangère Qu'il aime plus que nous, et dont il est le père.
LE DUC
C'est possible. En ce cas il faut nous décider;
Et par une requête il vous faut demander
Que notre excellent roi, dans sa sagesse auguste,
Daigne nous octroyer un ordre et prompt et juste,
Par lequel nous pourrons, sans lui faire aucun mal.
Interdire au plutôt le comte de Grandval.
LE BARON
Moi, je vais do ce pas rédiger la requête.
LE DUC, en riant.
Tâchez, mon cher ami, qu'elle ne soit pas bête; Sans un effort d'esprit vous en viendrez à bout: Mettez-y quelque sel , à tout il faut le goût.
( Le baron sort. )