‹ OEuvres complètes (volume 3)Chapitre 357 sur 400 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

EDOUARD, Le COMTE.

EDOUARD

Mais, dis-moi donc, pourquoi cette grande colère? Quels sont nos ennemis, et que peut-on nous faire?

LE COMTE

On pouvait, mon enfant, t'arracher de mes bras.

EDOUARD

Me séparer de toi ! je ne le conçois pas... Enfin, te voilà calme.

LE COMTE

Oui; mais je n'ai pu l'être Lorsque j'ai découvert le complot le plus traître... C'est un tort, mon enfant; ne fais pas comme moi : Il faut dans tous les temps être maître de soi; L'être faible aisément cède à la violence, L'homme, qui sent sa force, agit avec prudence.

EDOUARD

Hélas ! c'est pourtant moi qui causai tes chagrins Par ce petit papier trouvé sur mes dessins ; Ah! si je l'avais su... Mais quel est ce mystère? Qui peut fâcher le roi contre ma bonne mère ? Tome IX. 36

El pourquoi nous vient-il tourmenter aujourd'hui ? ÎSous n'avons jamais eu de querelle avec lui.

LE COMTE, en riant.

Tu sauras ce secret plus tard.

EDOUARD

Pourquoi le taire ?

D'un enfant tu me crois toujours le caractère : Et pourtant à la cour de moi l'on fait état. J'ai pensé devenir un prisonnier d'état.

LE COMTE

Oui, l'on te traite en homme.

EDOUARD

Eh bien donc, fais de même.

Et dis-moi le motif de ton courroux extrême, .le t'ai bien vu pleurer, maman pleurait aussi; H est quelque malheur que l'on me cache ici.

LE COMTE

Ces secrets , mon enfant , ne sont point de ton âge ; La lettre de cachet...

EDOUARD

Est d'un grand avantage; Mais l'on n'arrêtait pas, chez les Athéniens, Par lettres de cachet les jeunes citoyens. De même on n'en fit pas un grand usage à Rome,

LE COMTE

Partout où sans la loi peut commander un homme. Les excès du pouvoir doivent être connus. Comme un autre pays la France a ses abus; Mais il viendra ce temps, qui n'est pas loin peut-êlre. Où sous de justes lois tu la verras renaître.

Page 1