ACTE m, SCENE VIIL
LE COMTF.
Tiiilsse-t-on impunis de pareils attentats! Sous le prétexte vain de visiter un père. Ils viennent me ravir un enfant et sa mère !
M A D A. ]\r F, I) O R 31 1) ÎN .
Qu'ai-jc donc fait, hélas!
LE COMTE
Vous m'avez consolé.
\'ous calmez les chagrins dont ils m'ont accable: Dans mon jeune Edouard, dans vos soins, dans l'étude. J'ai rencontré l'oubli de leur ingratitude: Malgré leur abandon j'ai connu le bonheur : Et ces traîtres encor osent blesser mon cœur ' C'est leur avidité , leur basse jalousie , Qui viennent contre vous d'armer la perfidie ; Ils craignent que, séduit par cet aimable enfant, Je ne fasse à la mère un sort indépendant: Oui, c'est leur avarice enfin qui les domine; Et pour avoir plus d'or ils trament ma ruine. C'est cet or, nécessaire à leur perversité. Qui doit payer leur luxe et leur frivolité; Qui force ces méchants, pour ressource dernière, Peut-être à désirer la fin de ma carrière.
MADAME DORMOjN.
Non, ne le croyez pas : ce n'est pas contre vous. Vous le voyez, monsieur, qu'ils ont porté leurs coups.
LE COMTE
Ils sont plus criminels... Quoi ! c'est contre une femme Et contre un faible enfant qu'ils dirigent leur trame! Ont-ils donc pu penser que je le souffrirais?
56o LE COMPLOT DE FAMILLE.
Me séparer de vous! le pourrai-je jamais?
(Il les prend dans ses bras. )
De toi, mon cher enfant, de vous, ma douce fiUe; Yous êtes plus pour moi que toute ma famille !
EDOUARD
O mon ami !
MADAME DO R MON
Mon père!
Allons , ne pleurez pas :
Je connais le moyen de punir des ingrats. Mais pouvaient-ils pousser plus loin l'extravagance! Quoi ! du jeune Louis qui gouverne la France Oser trahir ainsi la justice et les vœux, Au moment où ses lois font un peuple d'heureux; Que les serfs du Jura renaissent à la vie, Que tous les protestants retrouvent leur patrie; Dans ce même moment où son cœur généreux Va sauver l'innocent des terribles aveux Qu'une cruauté froide arrache à la nature!... Et c'est sous un tel roi qu'on nous fait cette injure? C'est en vain qu'appuyés d'un ministre abusé, Les traîtres' vont au but qu'ils se sont proposé... Non, non, 'de cet écrit vous n'avez rien à craindre. Ah! si je ne sentais l'utilité de feindre, Sans respecter ni duc, ni marquis, ni baron, Je les ferais, morbleu! chasser de ma maison.
FIN DTI TROISIKME ACTE.