‹ OEuvres complètes (volume 3)Chapitre 46 sur 400 · COMÉDIE EN UN ACTE ET EN PROSE · texte numérisé non relu

COMÉDIE EN UN ACTE ET EN PROSE

Représeutée le 1 7 mars 1821.

-fl^..-

SUR

J E venais d'achever, à la campagne, ma comédie de la Princesse des Ursins ; et comme la belle saison n'était pas encore finie, et qu'un peu de fatigue me mettait dans l'impuissance de travailler , je profitai de ce moment pour lire les romans de TFalter Scott y dont j'avais entendu faire un grand éloge, et que j'avais le plus grand désir de connaître. Je les fis venir de Paris, et je me livrai à cette lecture avec toute l'ardeur que m'inspirait la grande réputation de l'auteur. Je ne puis exprimer le plaisir que j'éprouvai à cette lecture. La raison, l'esprit, la connaissance des hommes, je trouvais tout dans les ouvrages de cet auteur, dont l'imagination est aussi riche que variée. Ce que j'admirais surtout était cet art avec lequel l'auteur sait mettre en scène ses personnages, appuyé sur quelques vérités historiques ; il ^ait , avec

un talent extrême, ajouter encore à ces vérités par une peinture de mœurs et de localités qui , en vous transportant au temps de l'action , produit sur vous une illusion complète. Lorsqu'un lecteur est forcé à l'admiration par la beauté de quelques grands ' ouvrages, il est bien difficile qu'il ne reporte pas sur Fauteur une partie de l'intérêt que lui inspirent ses productions; l'imagination attache tellement l'auteur à ce qu'il a écrit qu'on lui crée une ame , un caractère, luie physionomie, d'après les idées qui dominent dans ses ouvrages. D'après les ouvrages de Walter Scott, moi, je me représentais sa personne; je me faisais une idée de son caractère; je me figurais un sage qui avait eu recours à tous les prestiges de son imagination brillante, pour éclairer 1 es hommes, pour leur montrer quels étaient, dans nos temps gothiques, l'ernpire des préjugés, les effets de l'ambition des erands, de l'ignorance et du fanatisme. Chaque nouvelle production de cet auteur lui donnait à mes yeux un nouveau titre à l'estime des philosophes , à l'admiration des écrivains, à la reconnaissance du peuple. Combien j'ai été affligé de me voir obligé de séparer l'auteur de ses ouvrages, de diminuer quelque chose de l'estime que sa personne m'avait inspirée. Ses LetWes à Paul ont tout-à-fait changé mes opinions , non sur ses ou- A?ages qui sont ceux d'un homme de génie; mais

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sur le caractère de l'auteur. Dans ses Lettres à Paul, je n'ai plus trouvé un poète, un philosophe, un historien ; je n'ai rencontré qu'un bourgeois de Londres, qui se montrait ridiculement orgueilleux des victoires que les Anglais n'ont dues qu'à des circonstances malheureuses. On ne peut s'empêcher de rire de voir cet auteur, après notre défaite de Waterloo , arriver sur le champ de bataille à la suite de ses compatriotes , et inscrire sur son souvenir des récits de vieille femme , qui sont toujours injurieux pour la France , ou honorables pour les Anglais. Mais où il se montre tout-à-fait ridicule , car je ne puism'empêcher de dire le mot, c'est lorsqu'il compare la Seine à la Tamise, et que , comme un vrai badeau de Londres , il tire vanité de la grandeur de sa rivière, et qu'il s'écrie avec orgueil que les Français ne pourront jamais la visiter en vainqueurs. Se peut-il qu'un homme de ce mérite, qui a donné des preuves d'un si grand talent, puisse s'abaisser à ces idées petites et fausses qui lui font citer avec orgueil des avantages qui ne sont dus qu'au hasard ou à la nature? Ne sait-il donc ])as que les hommes naissent à peu près les mêmes partout ; que c'est le système du gouvernement seul qui change leurs mœurs et leur caractère; que l'amour de la liberté existe dans tous les coeurs; et que les nations sont grandes, braves, industrieuses, si leur gouvernement

est fondé sur des idées généreuses et libérales; qu'elles deviennent, sous le despotisme, lâches, inactives , superstitieuses et ignorantes? Que la France soit libre! qu elle ait les nobles institutions que réclament ses lumières, et ses besoins! Quel sera le peuple alors qui pourra la surpasser en grandeur, en générosité?

Que prouvent à mes yeux les I^ettres à Paul? que Wiuter Scott, philosophe quand il écrit ses romans, n'est là que le plat adulateur d'une aristocratie dont il partage sans doute les privilèges lucratifs. Oh! qu'il est douloureux devoir des hommes de ce génie, sacrifier leurs principes généreux à leur intérêt personnel (*) !

Mais laissons cet illustre étranger, qui plaira à la France plus par ses ouvrages que par ses principes; et disons un mot de mon Jeune Homme en Loterie ^ que je fis à la suite de ma lecture de Walter Scott. J'en puisai la première idée dans un vieux recueil

(*) Mon fièie Amaury , à qui j'ai lu ce paragraphe , prétend que j"y attril)ue à Walter Scott un ouvrage qui n'est pas de lui : il m'a assuré qu'il avait connu, à Paris, il y a une dixaîne d'années, un autre Scott, auteur d'im Voyage en France, rempli d'injures contre les Français. Cependant mon frère m'a engagé à conserver , telle qu'elle est , cette partie de ma IN'otice, attendu qu'il serait très-possil)le que le voyageur qu'il a eu occasion de connaître, ne soit pas le seul Scott qui ait déprécié les Français dans ses ouvrages.

iVanecdoctes; mais comme ce recueil ne me dounait qm l'idée vague d'un homme qui avait été proposé en loterie, il me fallut trouver les moyens de mettre en scène d'une manière vraisemblable cette bizarrerie anglaise.

J'ignorais encore à quel théâtre je pourrais donner cette petite comédie, lorsque M"" Mars, à qui je Ta vais lue, me parut désirer d'y jouer le rôle principal. Malheureusement , pendant les répétitions, elle prit du dégoût pour le baragouinage anglais indispensable au rôle; et par dépit autant que par crainte, d'offrir un si petit ouvrage sur le grand Théâtre-Français, je relirai la pièce, et je la portai au Gymnase, nouveau théâtre qui venait de s'ouvrir sous les plus heureux auspices. Cette petite comédie obtint là un très-grand succès, et je crois qu'elle pourrait tenir une place honorable parmi les P^?-^, tites pièces qui composent le répertoire du Théâtre - Français.

PERSOJXNAGES.

EUCxÈNE VALCOUR.

DOLBAN, oncle de Valcoiir.

JULIE DORMEUIL, jeune veuve, et fille de Dolban.

Une JEUNE FILLE.

MARIE, vieille gouvernante.

Un DOMESTIQUE.

La scène se passe à Paris , dans le salon d'Eugène Valcour.

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