JULIE, MARIE
JULIE
Il est donc rentré bien tard, ma chère Marie?
MARIE
Mais comme à son ordinaire, à trois heures du matin. JULIE. *^
Ah î combien sa conduite m'afflige! Et mon père, à qui il est. impossible de la cacher!
MARIE
Aussi est-ce bien malgré moi que j'ai consenti à la ruse de monsieur Dolban. Ce cher entant est bien loin de se douter qu'il a pour témoins de ses extravagances son oncle et sa cousine.
JULIE
Le projet qu'avait mon père doit excuser la supercherie. Il est tout simple qu'il craigne de donner sa fille à un mauvais sujet.
MARIE
Un mauvais sujet !.... Il ne l'est pas , je vous le garantis : c'est bien le meilleur cœur.... tout son crime est d'avoir mangé sa fortune comme un fou. Je
ne lui connais de vice que sa prodigalité. Aussi, malgré ses folies, il est estimé de tout le monde, reçu dans les meilleures soic'iétés, dont il fait le charme par son esprit et sa gaîté.
JTILI E.
Mais oÎj tout cela le conduira-t-il ? Qu'y a-t-il de plus ingrat que le monde?
MARIE
Pas toujours. Il peut y faire quelque bon mariage,
JULIE
Est-ce qu'il en est question?
MARIE
Quelle vivacité ! Il me semble que ma prétendue ^ nièce ne voit pas son cousin de très-mauvais œil.
Je ne te cache pas qu'il a su m'interesser par l'amitié , qu'il a pour toi, qui as élevé son enfance ; par les égards qu'il a pour mon père , qu'il croit être ton frère....
MARIE
Et par ses prévenances pour vous, qu'il croit être ma nièce.
JULIE
Dis par un tendre respect.... Oh! oui, je lui crois un cœur très-délicat.
MARI E
Eh bien ! puisque votre cousin vous plaît , qui peut vous empêcher d'en faire votre mari?... Tel était le projet de monsieur Dolban avant son dépari des colonies. Vous êtes veuve, indépendante....