SCÈNE xni
DOLBAN, EUGÈNE, xm DOMESTIQUE.
LE DOMESTIQUA
Monsieur, une lettre que le facteur vient d'apporter.
( Il sort. ) EUGÈNE.
Comment! timbrée du Havre.... mais je n'y connais personne.
DOLBAN, à part.
Bien, voici ma lettre.
EUGÈNE
Eh! mais, si je ne me trompe, c'est l'écriture de mon oncle.
DOLBAN.
Vous avez donc un oncle ?
EUGÈNE
Oui , dans les colonies. Je ne le connais point ; je ne l'ai jamais vu: mon père l'aimait beaucoup; il m'en parlait sans cesse. J'ai de plus une cousine , une jeune veuve, que l'on m'a dit être charmante.... Mais voyons ce qu'il m'écrit.... ( // là bas. ) Ah! mon dieu! est-il possible !
DOLBAN.
Vous annonce-t-il quelque malheur?
loo I.E JEUNE HOMME EN LOTERIE.
EUGÈNE
Le plus grand : il a fait naufrage avec sa fille ; sa fortune perdue, abymée sous les eaux....
DOLBAN.
Ah! que je le plains! car, dès que l'on est ruiné. Ton n'a plus d'amis.
EUGÈNE
Ce cher oncle , comme il me croit riche , il compte sur moi, sur mon amitié.... Yoilà la première fois que je regrette mes folies.
DOLBAN, à part.
Eh bien ! est-ce qu'avec sa mauvaise tête il montrerait quelque intérêt pour un oncle inconnu? [Haut.) Mais il a sans doute au Havre quelques correspondants ?
Il n'y connaît personne, vous dis-je ; depuis sa jeunesse il est absent de la France : enfin il n'a plus d'espoir qu'en moi.
DOLBAN.
Dans ce cas , il peut y renoncer; car vos affaires sont dans un si mauvais état.
EUGÈNE
Sans doute; et c'est ce qui me désespère; mais il n'importe; il faut que je vienne à son secours: il faut que je trouve un moyen.
DOLBAN, i) part.
Eh bien! ne voilà-t-il pas qu'il réfléchit: oh! mon dieu! je tremble qu'il ne soit trop bon garçon.