‹ OEuvres complètes (volume 3)Chapitre 88 sur 400 · COMÉDIE EN CINQ ACTES ET EN VERS · texte numérisé non relu

COMÉDIE EN CINQ ACTES ET EN VERS

Composée en i8ig.

SUR L'OPiATEUR ANGLAIS.

Xjorsqu'en j8i8 je commençai cette comédie, tout semblait promettre à la France l'exécution entière et fidèle de la Charte. Tous les hommes qui avaient été les témoins de nos révolutions , et qui ^ par des sacrifices de tout genre, avaient payé leur dette à la patrie, devaient enfin s'attendre à jouir de cette liberté constitutionnelle qui est devenue, non-seulement un besoin pour la France, mais encore pour toutes les nations. Déjà nos élections nous promettaient une chambre protectrice des droits du peuple, et par conséquent de ceux du souverain; nous devions croire que désormais rien ne pourrait nous ravir la paix et la liberté. Il ne nous restait plus à craindre que cette sorte d'inconvénients attachés aux gouvernements représentatifs ; c'est-à-dire , la corruption qui ne manque guère à se glisser parmi les agents du ministère, et l'indifférence des citoyens pour les devoirs qu'ils

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ont à remplir. La politique, occupant alors toutes les têtes, donnait à la société une physionomie nouvelle; les travaux des chambres, les discussions importantes étaient le sujet de tous les entretiens. Tout ce qui, dans un temps ordinaire, occupe nos salons et nos journaux, n'excitait point d'intérêt. La littérature s'était réfugiée dans nos académies , et encore , les ouvrages nouveaux , qui sortaient de la plume de quelques académiciens, étaient-ils empreints d'un certain esprit de parti qui pouvait annoncerdenouveaux orages. Commel'auteurcomique est obligé d'offrir un tableau vrai de la société, i! doit en observer les ridicules dans toutes leurs nuances. Je crus donc devoir profiter du moment pour la peindre telle qu'elle était alors, telle que je la voyais. Ce qui me décida tout-à-fait à entreprendre cet ouvrage, c'est que j'y trouvais un but moral, et que je me flattais qu'il ne serait pas sans utilité pour mes concitoyens. Hélas ! j'étais loin de m'attendre que ce même gouvernement, qui venait d'entrer si franchement dans la route paisible de nos lois libérales , s'empresserait de la quitter un an après, sous le prétexte qu'une révolution se manifestait déjà en France par de vagues symptômes. Je ne pousserai pas plus loin mes réflexions à ce sujet; je dirai seulement que ce pas rétrograde vers nos anciennes institutions, fit tout à coup de ma

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pièce constitutionnelle , et si propre à former l'esprit public, une pièce révolutionnaire.

Les mots de liberté, de droits du peuple , qui devaient nécessairement résonner sans cesse dans la bouche de mou orateur , se trouvèrent par les circonstances tellement déplacés, que je renonçai bien vite à donner au théâtre mon ouvrage. Je me contentai de le faire connaître à mes amis et à mes confrères de l'Institut; mais comme, parmi les hommes qui composent cette réunion, il se trouvait de grands personnages qui auraient pu prendre ^our des épigrammes, et les discours et même les actions que j'attribuais à certains autres personnages de ma pièce , je lus , avant de commencer, une espèce de dissertation sur l'art de la comédie , dans laquelle j'expliquais ou excusais indirectement mes intentions. On trouvera cette dissertation à la suite de la présente notice : elle en est une appendice nécessaire.

Des trois dernières pièces inédites qui sont contenues dans ce volume, X Orateur anglais est la comédie que j'ai composée avec le plus de plaisir, et que j'ai écrite avec le plus de promptitude. Quant aux opinions politiques de mon orateur, qu'elles paraissent ou trop faibles ou exagérées à tels ou tels de mes lecteurs , je ne saurais qu'y faire. Ou se doute bien qu'en mettant sur la scène un re-

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présentant du peuple, j'ai dû le jieindre d'après mon cœur, d'après mes sentiments, ainsi je prends sur moi toute la responsabilité qui pèse d'ordinaire sur les membres de l'opposition. C'est tels que j'ai tenté de les retracer, que je considère les fonctions et les devoirs d'un député : c'est ainsi du moins que j'aurais voulu m'en acquitter, si le sort m'eiit destiné à défendre les libertés et les droits de mes concitoyens.

Cette pièce fait encore partie des travaux littéraires entrepris dans ma retraite champêtre. A l'avantage de m'appiu'tenir tout entier dans cette agréable solitude, j'en joignais un autre bien précieux, celui d'avoir, à quelques milles de là, un aimable voisin, qui aime les lettres avec passion et qui les cultive avec le plus grand succès. M. de Cramayel (*) [ c'est le nom de cet excellent voisin] , certain que pendant l'été j'avais occupé mes loisirs, venait, à l'automne, me sommer, au nom des muses, de faire connaître à sa nombreuse et intéressante famille, ma nouvelle production. J'étais sûr de rencontrer dans cette douce réunion , qui se composait le plus souvent de nos deux familles , cette attention soutenue et cette

(*) Il est auteur de plusieurs poèmes eu vers inédits. Si, d'après ce qu il a fait pai-aître ( VEpUrc sur le Bon Temps , le Petit Poème sur le Tlic, ete. ) , ùri peut juger de ses grands ouvrage» qui ne sout poiut encore achevés , la nation comptera certainement un bon poète de plus , et même un poèlc epi(]tie.

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vive impression que ])ro(liiit une première lecture sur de jeunes personnes; impression qu'il est si important pour un auteur de bien observer, et qui seule lui apprendrajusqu'àquelpointilpeutcompter sur le succès de son ouvrage. Comme les circonstances ne me permettront plus de jouir à la campagne de la société de cet aimable voisinage, je serais un ingrat de ne pas me montrer reconnaissant des souvenirs agréables que mes bons voisins m'ont laissés; et surtout si , au nom de ma famille entière, je ne témoignais pas à madame de Cramayel mon admiration pour ses vertus, pour toutes les qualités aimables qui la font aimer et respecter de ceux qui ont le bonheur de la connaître.

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