ACTE IV, SCENE IV
dans son amitié, clans sa fortune, les moyens de les satisfaire. Oh ! il a rejeté cette offre avec une vivacité, un transport.... Moi , voyant que ce combat de générosité, de délicatesse, n'allait pas finir, j'ai dit naïvement au seigneur Edmond : Et pourquoi madame la comtesse n'acquerrait-elle pas le droit de vous obliger malgré vous-même? Vous vous aimez tous les deux, vous vous convenez par le rang, par le caractère... Je devine Florestine , s'est écriée à son tour madame la comtesse. Devenons époux, tout scrupule est détruit, nos biens seront communs. A ces mots , sir Edmond s'est troublé ; puis , après un moment de réflexion, il s'est -précipité aux pieds de son amie; il versait des
larmes de reconnaissance, de plaisir Quel tableau
touchant ! j'en suis encore toute attendrie.
ZERBELIN.
Ah! mon dieu , j'éprouve à mon tour une émotion... quelle grandeur d'ame ! c'est superbe !
FLORESTINE
Enfin , vous ne doutez plus de notre sensibilité ?
ZERBELIjY.
Vous n'êtes pas des femmes, vous êtes des anges.... ( A part. ) de ténèbres. ( Haut. ) Ainsi , nous allons bientôt avoir une noce ?
Mais j'y compte bien. C'est à cause de cela que madame la comtesse a trouvé convenable qu'il donnât sa fête.
ZERBELIN.
Oui, c'est une fête à sa fiancée; c'est très-bien.
FLORESTINE
Sur ces entrefaites, le sénéchal est venu pour la voir. Sir Edmond l'a reçu d'abord fort mal. Eh bien , ma maîtresse a si bien parlé à l'un et à l'autre ; qu'elle a fini par les raccommoder ensemble.
ZERBELIN.
Oh ! c'est une excellente tête ! Ainsi nous verrons le sénéchal à la fête?
FLORESTI NE.
Sans doute. Mais j'oubliais l'essentiel. Rendez-vous demain de très-grand matin chez notre intendant, qui a reçu l'ordre de vous compter toutes les sommes nécessaires pour acquitter tout à la fois les dettes de son futur.
ZERBELIW.
Rien ! je n'en oublierai aucune. Ce que j'admire le plus , c'est sir Edmond. Il s'est donc beaucoup étendu sur ses pertes ? Il a bien prouvé qu'il était ruiné ? Il ne s'est pas démenti une seule fois?....
FLORESTINE, à part.
Voilà ce qui l'inquiète. (Haut.) Pourquoi se démentir, puisque c'est l'exacte vérité?
oh! c'est la plus exacte vérité. Ainsi je verrai demain le cher intendant?
FLORESTINE , à part.
Il enrage !
ZERBELIN.
Et il paiera tout-à-fait nos dettes ?