ACTE 1, SCENE II
EDMOND
De quoi?
CHARLES
De mon amour.
EDMOND
Ueim ?
CHAR LES
Voilà le secret que je devais vous dire. C'est une passion , ou plutôt un délire ! Je puis auprès d'Emma faire éclater mes feux , Et par de tendres soins mériter d'être heureux.
EDMOND
Allons , mon pauvre Charle a perdu la cervelle. Quelle est cette Emma? dis.
CHARLES
Elle est sage , elle est belle , Elle a beaucoup d'esprit , toujours de la gaîté ; A la grâce elle Unit la sensibilité.
EDMOND
Son père ?
CHARLES
Est mort.
Serait-ce?....
CHA-RLES.
Oui, c'est notre orpheline ^ La fdle du major, enfin c'est ma cousine.
EDMOND
La fille de celui qui causa mon malheur , Ma nièce!.... Je voulus devenir son tuteur:
Le baron lepoussa mon offre généreuse; Moi, je ne répondis à cette ame orgueilleuse Qu'en envoyant bien vite une somme d'argent Pour faire à l'orpheline un sort indépendant. Elle ne doit pas être à charge à sa famille. Si le noble tuteur de cette jeune fdle A su fidèlement placer ses revenus.
Sa dot doit bien monter à trente mille écus. C'est peu; mais le baron, en insultant son frère. Me priva du plaisir de la traiter en père. On prit bien mon argent; mais on me rejeta : Et ce fut un malheur pour cette pauvre Emma. En la connaissant plus, j'aurais fait davantage; Et j'aurais eu de moins le chagrin de l'outrage.
CHARLES
Combien vous m'étonnez ! Ici l'on dit pourtant Que notre Emma n'a rien, mais rien absolument. Puis , on assure encor que, malgré l'apparence. Le baron , son tuteur , touche à sa décadence ; Que, grâces à sa femme , il est très-obéré; Que, sans rien consulter, elle tranche à son gré; Et qu'enfin le baron , faible par caractère , Vient d'être ruiné par cette épouse altière.
£ D M o w 1). Si madame en effet gouverne la maison , Je crains tout pour la dot; mais j'en aurai raison. De sa faiblesse au moins je dois punir mon frère.
CHAJILES.
Son désastre prochain s'annonce sans mystèx^e; Partout on me Ta dit; ce qui le prouverait.