ACTE I, SCENE TH. aS
EMMA, passnnt au milieu.
Eli bien! je vous assure Qu'on vous reconnaîtrait d'abord h la figure : Vous avez certain air d'esprit et de bonté Qui m'eût fait deviner bientôt la parenté.
CHA.RLES, à part.
Charmante !
E D M O N D , à part.
C'est mon fils qui me vaut sa louange.
EMMA
Mais je dois vous laisser,
CHARLES
Non, non.
EMMA
Je vous dérange.
( A Charles. )
Vous avez avec moi je ne sais quel maintien! Vous n'osez me parler! monsieur, ce n'est pas bien. Je vois trop le motif qui vous rend si timide ; A vous le reprocher votre air fi-oid me décide. Sans doute, vous croyez qu'en vivant à la cour J'oublîrai iijes amis, et dès le premier jour? Grâce au ciel ! je n'ai point ce mauvais caractère; Je ne serai jamais inconstante, ni fière : La fierté , je le sais , est un vilain défaut.
EDMOXD.
C'est quelquefois celui de nos gens comme il faut.
EMMA , avec chagrin.
Non, ce n'est pas le mien ; et je sais par moi-même Tout ce qu'on fait souffrir par un orgueil extrêrae.
( Légèrement. )
Mais, de grâce, messieurs, laissons cet entretien. De tous mes chers parents je ne vous dirai rien. A l'aspect du bonheur aisément tout s'oublie.
EDMOND, finement.
Vous fûtes malheureuse en commençant la vie?
EMMA
Jamais , par mon tuteur; mais... causons plus gaîment De moi, de votre fils, d'un établissement.
CHARLES, rlaat.
Vous voulez me placer?
EMMA
Oui , la princesse est bonne , Et je puis obliger par l'emploi qu'on me donne. J'appellerai sur lui les biens et les honneurs : C'est qu'il sera très-bien parmi nos grands seigneurs.
Pour mon Charles, d'abord , je vous en remercie.
EMMA
Mais je dois le servir, si je suis son amie.
Il ne vous a pas dit que je viens le matin
Causer de lui, de moi , de tout le monde^nfin.
Votre fils a séduit jusques à la baronne ;
Elle oublie avec lui son auguste personne ;
Elle parle bien moins de ses seize quartiers,
Et du mépris qu'elle a pour tous les roturiers :
Et madame Brigitte, une sœur de ma tante.
Que l'on dit un peu prude, et même un peu méchante.
Qui , d'un air patelin , lui montre des égards ;
Ce sont de petits soins , de doucereux regards ;