ACTE II, SCENE VllI
EMMA, piquée.
Je ne le suis donc plus?
CHARLES
Pardon, mademoiselle!
EMMA
Monsieur, vous n'êtes pas avec moi très-galant.
EDMOND, à Charles.
Pourquoi donc chagriner cette jolie enfant ?
E M M A , avec une colère contrainte.
Est-il donc singulier que l'écrin qu'on m'envoie, Que ces riches présents me donnent de la joie? Et fais-je donc un crime en montrant le plaisir Que fait naître en mon cœur un heureux avenir?
EDMOND
Mon cher fils est un fou , qui suppose peut-être Que l'on va vous aimer en vous voyant paraître !
( Bas à Emma, en passant auprès d'elle.)
Je crains, ma chère enfant, qu'il ne soit très-jaloux. Tous nos jeunes seigneurs....
EMMA
Doivent être des fous.
* EDMOND
Mais il en est pourtant qui sont très-agréables.
Je ne les connais pas. Parmi les plus aimables, Pas un seul n'obtiendra le quart de l'intérêt Que j'ai pour votre fils, pour ce mauvais sujet.
CHARLES
Ah! chère Emma! mon cœur....
Il veut qu'on me présent*^
Vêtue en jeune fille et sans robe traînante.
C HARLES
Pardon !
EMM Al , à Edmond.
Pour le punir, j'ordonne que ce soir, Quand je serai parée, il vienne ici me voir, Et que sur ma beauté même il me coniplimente ,
( En riant. )
Dût-il ce soir aussi complimenter ma tante.
Nous ne vous quittons plus, morbleu! de tout le jour. Nous rirons avec vous.... comme on rit à la cour.
EMMA, pose son écrin sur un fauteuil.
A propos des plaisirs qu'on a chez la princesse , Je sais comment on doit aborder son altesse ; Voilà comme on m'a dit qu'il fallait me tenir.
( Elle se redresse. )
Il faut bien m'essayer avant d'y parvenir;
Dans ma démarche aussi je dois chercher la grâce ;
Et faire aux assistants une aimable grimace.
CHARLES
Quoi ! vous.... ? »
E MM A
Monsieur croit donc que l'on arrive là Comnîe chez tout le monde , en disant : Me voilà !
EDMOND
Bien. Vous obéirez aux leçons qu'on vous donne.
EMMA
Pas en tout. Je ne veux désobliger personne. Si mes comjîagnes sont bonnes et sans orgueil.