‹ OEuvres complètes (volume 4)Chapitre 2 sur 362 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

UN ACTEUR, après avoir salué trois fois . Messieurs, dans cet instant permettez à mon zèie..

( Il sariète comme si le public murmurait. )

Ne vous effrayez pas. Non, ce n'est presque rien :

Tous nos acteurs se portent bien.

Et s'habillent déjà pour la pièce nouvelle. Mais je viens, humblement de la part de l'auteur,

Solliciter votre indulgence; Cet auteur est de Chartre , et de plus il commence. Épris dès le berceau du talent enchanteur De son compatriote , un ami de Thalie,

Que le sort trop tôt nous ravit.

Que vous connaissez tous, et dont l'aimable esprit Rendit aux amateurs la bonne comédie....

Mais finissons sur ce sujet :

Celui qui vous peignit la Querelle des Frères^ Qui traça le tableau des vieux Célibataires,

De l'annonce n'est point l'objet:

C'est son compatriote, auteur du mélodrame

Que l'on va donner à l'instant ,

Qui veut vous apprendre comment L'amour de ce beau genre est entré dans son ame.

Le jeune homme arrive à Paris ,

i4 LE RETOUR D'UN CROISE. *

Brûlant d'entrer dans la carrière

Où s'illustra le grand Molière....

Mais jugez comme il est surpris !

A l'exemple de nos ancêtres ,

Il veut admirer nos grands maîtres;

Il trouve leurs temples déserts.

Quel abandon! dit-il, et quel est ce travers? Quoi ! le génie en France a perdu son empire ? Un vieillard lui répond avec un malin rire : « Monsieur veut voir du monde, à ce qu'il me paraît ? « Qu'il aille au boulevard. » — Il y court , en effet. Il trouva d'amateurs une enceinte garnie, Et de petits héros en grande compagnie : Quand il eut écouté la pièce jusqu'au bout : Bon, du français, dit-il, j'ai vu quel est le goût. H aimait autrefois qu'un ouvrage tragique , Dans ses nobles fureurs peignît la passion , Que dans la comédie on trouvât du comique.

Et l'esprit joint à la raison :

I^a mode a tout changé; bien loin que je l'en blamc. Je décerne le prix au brillant mélodrame :

Il réunit la majesté

Du pathétique à la gaîté,

Et la force de la pensée Aux charmes d'un beau style et de la vérité. Je suis poète aussi! la route m'est tracée Par le plus grand des modernes auteurs.

Formons une trame bien noire ;

Prenons , dans quelque vieille histoiri' ,

Des paladins, grands ferrailleurs;

» PROLOGUE. i5

Ayons des enfants, des voleurs.

Des ermites prédicateurs ,

Des geôliers que l'on fera boire :

Embellissons le tout de rochers , de créneaux ;

Et si sur quelques beaux chevaux,

Je puis promener mes héros , Je cours à la fortune, et peut-être à la gloire. Sans suivre trop le plan qui vous est exposé. L'auteur a fait pour nous le Ptetour d'un Croisé. Il vient, il nous le lit , nous recevons l'ouvrage. Or , messieurs , si ce genre est par nous adopté , Vous devez vous en prendre à la nécessité. Loin d'un public nombreux nous sommes sans courage.

Nécessité contraint le sage ;

On n'a pas toujours le moyen

De demeurer homme de bien.

Afin d éviter un naufrage

Dans le mélodrame nouveau ,

Nous avons vêtu nos actrices De ce qu'au magasin on avait de plus beau En clinquant magnifique , en brillant oripeau.

Vous verrez au fond des coulisses....

Mais, non; je me tairai pour vous surprendre mieux. Veuillez bien écouter; l'ouvrage est sérieux. Pathétique souvent, et même ténébreux.

Si l'auteur est plein d'innocence ,

Si dans la bouche des héros

Il a bien placé la sentence; Si le tyran gesticule à propos.

S'il a donné la raison à l'enfance ,

iG LE RETOUR D'UN CROISÉ,

A son niais Timpertinence ,

Ce grand œuvre doit être admis.

Messieurs , un mélodrame attire l'affluence ;

De grâce , qu'il nous soit permis

De compter sur votre indulgence.

Oui , vous serez contents , j'en suis certain d'avance ;

Et vous aurez la complaisance

D'en faire part à vos amis.

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