ACTE III, SCENE VIII
LE CHEVALIER
Quoi ! VOUS ne savez rien ?
EDMOND
Rien.
LE CHEVALIER
Bah ! vous voulez rire !
Je ne sais pas vraiment ce que vous voulez dire.
LE CHEVALIER
A la cour un secret ne l'est que pour un sot. L'homme d'esprit toujours devine à demi-mot : Pour nous autres la langue est chose très-frivole ; Presque jamais le sens ne tient à la parole. Vous vous doutez pourtant qu'une fille d'honneur Qu'on présente à la cour avec tant de splendeur, Et dont les diamants....
EDMOND
Je commence à comprendre.
Vous devez m'excuser de ne pas vous entendre , Je suis un bon bourgeois.
LE CHEVALIER
Vous ne saviez donc pas Que sans moi le baron serait dans l'embarras; Et que depuis long-temps il était en disgrâce ?
EDMOND
Par vous auprès du prince il a repris sa place ?
LE CHEVALIER
Et cette grace-là , c'est qu'il la doit à moi.
EDMOND
Vous êtes obligeant, c'est un très-bel emploi.
3ao LA FILLE D'HONNEUR.
LE CHEVALIER
J'ai toujours du plaisir à rendre un bon office.
Le baron a de vous exigé ce service?
LE CHEVALIER
Lui! quel petit esprit! il s'en garderait bien. De nos superbes plans vraiment il ne sait sien. Il n'a que le désir de voir payer les dettes Qu'autrefois la baronne a si noblement faites.
EDMOND
C'est elle qui jadis....
LE CHEVALIER
Ah ! cette femme-là Des grands talents de cour est le nec plus ultra. Aussi j'ai du respect pour ce beau caractère
EDMOND
Mais le baron pourtant s'occupe d'une affaire ?
LE CHEVALIER
C'est sa terre qu'il veut... Son frère a d'anciens droits...
EDMOND
Ah! vous voudriez donc?...
LE CHEVALIER
Sans recourir aux lois , Devenir possesseur, et sans qu'on nous en blâme, Du bien seigneurial qu'un certain fils réclame ; Et comme notre prince est chargé du dépôt , Je prétends arranger l'affaire comme il faut.
EDMOND
(A part. )
Il était temps, parbleu!... Mais vous allez bien vite;