‹ OEuvres complètes (volume 4)Chapitre 237 sur 362 · ED MONO · texte numérisé non relu

ED MONO

Ah ! le prince était là ?

( A part. )

Tout bas je me disais , bientôt il paraîtra.

EMMA

J'ignorais....

EDMOND

T^a baronne était bien mieux instruite?

EMMA

Je le crois; car avant sa première visite, Je vis qu'on s'attendait à sa réception Par les brillants apprêts qu'on fit dans la maison. A son auguste aspect mon cœur battit de cra'inte. Et d'un trouble nouveau je me sentis atteinte. Sortant du long ennui qui remplissait mes jours. J'entends autour de moi le tumulte des cours; Je me crus transportée au temps de la féerie; Je me vis destinée à la brillante vie

Qu'assurent la richesse ainsi que la grandeur ;

Tout s'offrait à mes yeux sous les traits du bonheur;

Chaque jour amenait une fête nouvelle.

A les entendre tous , j'en étais la plus belle ;

Je ne le croyais pas ; et j'éprouvais pourtant

Un grand charme à savoir que je plaisais autant.

EDMOND

Le prince à vous fêter se distingua sans doute? Où vous rencontrait-il ?

EMMA

D'abord à la redoute ; Et toujours, dans les bals, il venait près de moi : Du plus simple écuyer il avait pris l'emploi ; Il ordonnait les jeux, et dans nos promenades Nous faisait entourer de belles cavalcades ; Sur les monts de Tœplitz nous allions quelquefois. Un jour, un enchanteur se trouva dans les bois Qui résonnaient au loin d'une douce harmonie : Bientôt d'un pavillon sort un brillant génie. Il venait par son art m'annoncer l'avenir. Cet avenir n'était que bonheur et plaisir. Arrivent des marchands , puis une loterie ; La carte qui gagnait, par moi toujours choisie, Grâce à mon talisman donné par l'enchanteur, Du destin soumettait la chance en ma faveur.

EDMOND

Je le crois bien , le sort vous était favorable ; Car l'enchanteur était un prince très-aimable. Quoi ! vous ne vîtes pas, dans ces plaisirs charmants, Le langage muet des illustres amants?

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