‹ OEuvres complètes (volume 4)Chapitre 238 sur 362 · ACTE IV, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE IV

EMMA

Des amants ? Non , monsieur. Ah ! j'aurais fait outrage

Au plus aimable prince, estimé comme un sage.

Il me dit qu'il prenait intérêt à mon sort;

Qu'il honorait en moi la fille d'un major

Mort en le défendant dans la dernière guerre.

Ah ! je vis bien surtout qu'il m'aimait comme un père,

Dès qu'il m'eut proposé l'honorable faveur

D'être de la princesse une fille d'honneur.

( Edmond fait un mouvement d'Lorreur. )

J'ai dû le croire.... Encor je le croirais peut-être, Sans le vague soupçon que vous m'avez fait naître.

EDMOND

Ah dieux! comme ils allaient à leur but pas à pas!

EMMA

Quel était donc leur but?

EDMOND

Quoi ! vous ne vovez pas...

Mais non , je dois parler ; votre inexpérience Vous ôte des humains la triste connaissance ; La candeur de votre ame et sa simplicité, Présents de la nature et de la vérité , N'ont pu vous découvrir cette trame odieuse : Mais jugez avec moi cette tante orgueilleuse , Qui par le chevalier apprend qu'un vrai trésor Est caché dans ses murs : que fait-elle d'abord ? Jadis on dédaignait une petite fille Qui devient dans l'instant l'appui de la famille. Tout change en un clin dœil ; aux mauvais traitements On a fait succéder les plus doux compliments , Tome FUT. 11*

La baronne à Tiustant s'empare de l'idole ;

Pour l'orner, l'embellir, rien ne paraît frivole.

Elle fait la malade, et l'on parle des eaux.

Le prince, qu'on y sait, s'y rencontre à propos.

Là , ce sont les bochets de la magnificence ,

Des présents corrupteurs offerts à l'innocence ,

Des fêtes et des jeux donnés avec éclat ;

Et de tous ces plaisirs quel est le résultat ?

C'est d'apprendre à Tœplitz, au peuple, à la noblesse,

Qu'Emma, riche en attraits et non moins en sagesse,

Dont le cœur confiant en sa douce vertu

Ne voit jamais le mal, ne l'a jamais conçu,

Que cette noble Emma , d'un prince trop aimée ,

Du nom de sa maîtresse est déjà diffamée.

EMMA, prête à s'évanouir.

Mon cœur

E D M O N D , la soutenant.

Pour VOUS sauver je devais le blesser.

EMM A

Ah! je rougis d'entendre... et rougis de penser!... Pour des yeux aveuglés, monsieur, quelle lumière!....

(Avec l'explosion de l'indignation et de la douleur.)

Quoi , l'on me déshonore , et je n'ai plus de père !

EDMOND

Mon enfant....

EMMA

Comment! celle à qui mes jeunes ans Cnt été confiés! et ce sont des parents! Une tante!

Page 1