‹ OEuvres complètes (volume 4)Chapitre 294 sur 362 · ACTE IT, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE IT, SCENE IV

MADA.3II; FKAA'VILLE.

Utï objet sérieux, Et qui lui laisse encor cet air silencieux.

SOPHIE

Je puis vous assurer...

]\IADAMK FRANVILLE.

Non, vous avez beau dire :

Peu souvent , j'en conviens , ma cbère , on vous voit rire; Mais de votre langueur il faut qu'en ce moment Yous ayez éprouvé quelque redoublement.

SOPHIE

A eus croyez ?

SA INT-GÉR ANT

A ce mal n'est-il aucun remède?

MADAME FRAiyVILLE.

Comme tante , j'ordonne , et c'est moi qui lui cède. Par d'bonnêtes plaisirs je chercbe à l'amuser ; De nos loisirs jamais je ne puis disposer. Si je propose un bal, ou bien la comédie, Si j'appelle cbez moi très-grande compagnie, Elle y met un obstacle , et sa froide raison Ferme à tous les plaisirs mon cœur et ma maison.

SOPHIE

.Si j'osai quelquefois....

MADAME FRAIVVILLE.

C'est une pbilosophe Qui ne s'émeut de rien, que nul revers n'échauffe. Et qui, sans y toucher, a l'art insinuant De vous faire à son ordre obéir constamment. Dès son entrée ici, plus de jeux, plus de rianse;

Elle u vu mes plaisirs comme une extravagance.

Autrefois je savais de mon triste séjour

Embellir les ennuis par quelque aimable tour;

Des lourds originaux dont cette ville abonde

Je tirais un parti.... mais le meilleur du monde :

J'invitais Derronais ; c'est un petit auteur

Dont les vers éclopés sont remplis de fadeur.

Et qui , comme Pétrarque, a fait clioix d'une Laure;

Et cette Laure est bien la plus triste pécore!....

Bientôt vous la verrez..,, et vous verrez alors

Un visage bien long monté sur un long corps,

Un œil sans mouvement, une boucbe entr'ouverte^

Et qui , quoi qu'on en dise, éprouva quelque perte;

Une statue enfin, qui n'a de sentiment

Que la haine qu'elle a pour un époux charmant.

SAl NT-GÉR ANT.

Vous aimez les portraits.

SOPHIE

Ah ! ma tante en raffole.

MADAME ERANVILLE.

Ah! je vois que déjà vous m'otez la parole;

Le moindre badinage est un très-grand travers :

Plus de gais passe-temps pour mes tristes hivers.

Sa gravité s'oppose à tout ce que j'invente.

Moi, je suis l'étourdie , et Sophie est la tante;

Et j'ai, tout en cédant à sa pénible loi.

Le chagrin d'avouer qu'elle vaut mieux que moi.

SOPHIE

Cet éloge n'est pas , ma tante , une épigramme ?

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