SCÈNE VIL
FRANYILLE, CANDOR-.
FR AN VI LLE
Elle est folle , vraiment.
CANDOR
Dis donc qu'elle est charmante.
FRANVILLE.
Elle est très-bonne; mais...
CANDOR
Mais un peu médisante,
Son esprit, j'en conviens, t'a fait des ennemis : C'est la seule bonté qui donne des amis. Cependant...
FRAIVVILLE.
Je voudrais qu'elle eût ton caractère.
Mon cher, j'ai mes défauts, je n'en fais pas mystère: Je suis brusque parfois , et je serais méchant Si je m'abandonnais à mon secret penchant. Je ne puis sans courroux supporter l'injustice , De mon ressentiment faire le sacrifice , Quand je vois un ami faussement accusé, Par d'indignes commis un ministre abusé , Et quand de l'amitié la plus franche éloquence Ne saurait écraser l'intrigue et l'insolence.
F R ANVI LLE.
Ton généreux courroux me prouve tout-à-fait
Que ton zèle pour moi restera sans effet.
Pourquoi m'en étonner? je l'ai prévu d'avance.
Et je me suis dicté moi-même ma sentence.
Ai-je pour l'emporter ce qu'il faut aujourd'hui?
De mon intégrité me ferai-je un appui ?
De me lancer ses traits puis-je empêcher l'envie?
Est-il un bouclier conti-e la calomnie?
On crie, on vous dénonce, on s'attache à vos pas...
Oîi sont vos ennemis? vous ne le savez pas ;
Et ce n'est qu'au moment de votre décadence
Que vous sentez les coups portés dans le silence.
Mais toi que je chéris avec juste raison ,
Sais-tu qu'on a voulu, ]iar un affreux soupçon.