‹ OEuvres complètes (volume 4)Chapitre 39 sur 362 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

Li: COMTE, Mademoiselle DÉBORA.

LE COMTE, entrant vivement.

Qu'on appelle mon écuyer! qu'il prépare mes armes \

M A DE MOI. SELLE DJEBORA

Vos armes , monsieur le comte ! contre qui voulezvous donc vous en servir ?

LE COMTE

Contre le chevalier le plus téméraire, le plus insolent, qui m'outrage, me défie....

MADEMOISELLE DÉBORA

Quoi ! vous allez vous battre le jour de vos fiançailles ! Mais , savez-vous que cela peut déranger un peu votre mariage.... Et quel est donc ce chevalier malencontreux?...

LE COMTE

Je ne le connais pas : il ne prend pas d'autre titre que celui de chevalier aux armes noires. Voilà son défi ; mon chapelain vient de me le lire; et la fureur que ce billet m'inspire, a gravé ses menaces dans ma mémoire. — « Chevalier déloyal , me dit-il, tu as abusé de la jeunesse d'Edmond pour le conduire à sa perte. Ermance doit être ta fiancée; elle ne sera jamais ta femme. Je t'appelle au combat; viens, je t'attends près de la Croix des Chasseurs , dans la vallée des Bruyères.

es L'ENFANT PRODIGUE.

Si tu manques à ce rendez- vous, je viendrai jusque dans Ion château, en présence des nobles qui composent ta fête, te déclarer un lâche et félon chevalier. )> Et il a signé : « Le Chevalier aux armes noires. »

MADEMOISELLE DÉBORA

Il avait bien affaire de venir nous troubler, ce chevalier de malheur !

LE COMTE

On ne m'abuse pas facilement : tout ceci cache un mystère que je saurai découvrir.

MADEMOISELLE DÉBORA

Je le croirais volontiers, d'après les bruits qu'on répand dans les environs ; bruits qui ne sont point à notre avantage : on prétend que si votre mariage n'était pas aussi avancé, il ne se ferait jamais; que votre prétendue aime encore son Edmond, et que le père pleure tous les jours son fils unique.

LE COMTE

Que m'importent tous ces propos ? Je touche au but de tous mes vœux. Bientôt le baron et sa pupille vont arriver dans le château.... C'est le moment de mon triomphe.... Rien ne pourra s'opposer à ce mariage. Oui, je sais que la future regrette son jeune damoiseau, elle implore mon indulgence pour ses regrets... Pleurez , pleurez, belle Ermance ; mais soyez en mon pouvoir; que je devienne l'héritier des Beaumanoir; que ma maison , ruinée dans la Palestine , se relève plus brillante, plus riche, et fasse encore trembler tous ces misérables vassaux qui ont osé se soustraire à l'hommage qu'ils me devaient.

Page 1