FLORESTINE, CAMILLE
C AM 1 L LE , à Florestine qui regarde par une croisée.
Ne crois-tu pas apercevoir sur cette route une litière suivie de plusieurs mulets....?
Non, madame , je ne vois rien; mais qui donc attendez-vous avec tant d'impatience ? Quoi ! lorsque Paris vous réclame ; quand mille plaisirs vous y appellent , vous restez dans une misérable auberge : que diront vos admirateurs ? monsieur de Grandpré , le Sénéchal, le galant chevalier d'Arbois.... ?
CAMILLE
Ce qui m'arrête ici ? le désir de faire une bonne action. Je veux sauver un jeune homme de sa perte.
FLORESTINE
C'est en effet une belle action que je voudrais bien partager avec vous. Et quel est ce jeune damoiseau qui vous inspire tant d'intérêt?
CAMILLE
C'est le fils du seigneur de Beaumanoir dont la richesse et la haute noblesse sont connues de tout le monde.
FLORESTIWE.
Oui , j'en ai beaucoup entendu parler à l'un de vos anciens amis, le comte de Viveau.
CAMILLE
C'est d'après ses conseils que tu me vois en ces lieux. Il est, dit -il, très-attaché au jeune Edmond, dont les passions sont extrêmes; il craint qu'elles ne l'entraînent hors de la route que doit suivre un gentilhomme; il redoute son inexpérience , et il m'a priée de l'éclairer sur les pièges que l'on tend toujours à la jeunesse.
Il ne pouvait pas choisir un plus aimable guide ; veuve , riche, belle , vous avez tout ce qui peut séduire , entraîner et fixer.
CAMILLE
Oui, mais avec tous ces avantages, si je m'offrais à lui , comme devant l'éclairer , et le conduire dans le monde, il pourrait faire peu de cas de mes avis. Je crois qu'il vaut mieux que le hasard seul paraisse former notre liaison; et, pour obtenir plus de droits sur son esprit, je dois essayer de captiver son cœur.
FLORESTIKE.
Essayer! Ah! je vous garantis déjà notre damoiseau amoureux fou. Et monsieur votre oncle , le baron allemand , est-il instruit de vos projets ?
CAMILLE
Ah! tu sais fort bien que je ne dépends pas de lui; et si je consens qu'il m'accompagne dans mes voyages, c'est qu'une veuve de mon âge a toujours besoin d'avoir près d'elle un protecteur titré.