ACTE II, SCENE I
FLORESTINE
Il fait bien d'être titré; car je ne lui connais pas d'autres qualités. Il n'aime , je crois , que deux choses : le vin et le jeu. Il a raison; il boit sans s'enivrer, et joue tous les jours sans perdre. Rappelez-vous ces deux jeunes gens qui, la veille de notre départ...
CAMILLE
Je conviens qu'il est heureux ; mais tu es depuis trop peu de temps à mon service pour nous juger tous.
Pardonnez-moi , madame , je vois que nous nous conviendrons parfaitement. Donnez-moi seulement toute votre confiance ; et vous verrez que je suis digne d'être de moitié dans vos belles actions.
CAMILLE
Je te crois en effet assez d'esprit pour m'apprécier. Conduis-toi bien avec moi ; et je ferai ta fortune. Que dis-tu de mon écuyer?
FLORESTINE
Que c'est un grand gaillard bien bâti , qui paraît faire le plus grand cas de sa maîtresse ; car , telle est son admiration pour vous , qu'il est toujours prêt à soutenir en champ clos que vous êtes la plus belle , comme la plus vertueuse des femmes.
CAMILLE
Eh bien ! s'il te plaît, un jour je veux...
(On entend nn accord de harpe , puis chanter un couplet. )
Au dieu des vers rendons hommage , Et d'amour fuyons le poison :]
Si le temps rend l'amour volage, Et fait d'un ange un vrai démon ; Sur lui le vin a l'avantage Que plus vieillit et plus est bon.
Qu'entends-je? c'est sans doute quelque troubadour que je hasard...
FLORESTINE
Non, madame, je m'en suis informé. C'est un jeune écuyer qui revient delà Terre-Sainte, et qui a le talent de bien trouver. Tenez, le voici.
CAMILLE
Il n'est pas mal au moins cet écuyer.