‹ OEuvres complètes (volume 4)Chapitre 60 sur 362 · ACTE II, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE V

Si j'en crois les sentiments que vous m'inspirez, la nôtre doit durer davantage.

ZERBF.LIK.

Comment ai-je mérité cet intérêt ?

EDMOND

On ne se rend point compte de ce que l'on éprouve; mais, sans le savoir, on est entraîné; et telle est la vérité de ces secrètes sympathies, qu'il ne tiendrait qu'à vous que nous fussions amis pour la vie.

ZERBELIN.

Amis ! comme vous y allez ! Peut-être lorsque vous me connaîtrez davantage...

EDMOND

Non, je suis convaincu que vous êtes un honnne estimable. Cela se voit sur la physionomie.

ZERBELIN.

Ecoutez , je n'aime pas à donner des conseils; mais, si vous voulez m en croire, ne vous fiez pas aux physionomies.... surtout à celles des femmes.

EDMOND

Oh! je sais qu'il faut de la prudence , et je me garderais bien de dire à tout autre qu'à vous quel est le motif qui me fait voyager.

ZERBELIN.

Oh! je m'en doute, l'ennui de la maison paternelle.

EDMOND

Et le désir d'apprendre; de voir, de connaître et de juger les hommes.

ZERBELIN.

Comment donc ; mais vous allez voyager en philosophe ?

EDMOND

Je n'ai pas d'autre projet. J'éprouvais un désir si violent de courir le monde, que ni l'amour que m'inspire mon aimable Ermance, ni la tendresse de mon père, ne pouvaient calmer cette inquiétude qui me dévorait en secret. Je me transportais toujours en idée dans ce monde brillant de la capitale, au milieu d'une cour galante; enfin, emporté par cette ardeur qui me consumait, parvenu à l'âge qui me donnait le droit de réclamer les biens de ma mère, j'ai prié mon père de m'en rendre le maître , de me permettre de sortir de la spbère étroite où m'enchaînait sa volonté. Il m'a représenté vainement qu'il craignait l'ardeur de mes passions; je n'ai rien écouté, j'ai pressé, supplié; et j'ai enfin obtenu le droit de m'appartenir , de vivre pour moi , pour mes amis et pour le plaisir.

ZERBELIN, à part.

Oh! quels brillants projets ! et de ce pas, vous allez chercher le plaisir....

EDMOND

A. Paris , où j'espère arriver avec éclat : trois mulets chargés d'or, des lettres de crédit, enfin tout le bien de ma mère, qui était considérable, me mettent dans l'agréable position de briller et de faire des heureux.

ZERBELIN.

Vous avez des mulets chargés d'or; savez- vous qu'en

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