ACTE II, SCENE V
arrivant à Paris on fera bien des politesses à vos mulets... et à vous aussi?
EOMONJ).
Savez-vous , monsieur l'étranger, que vous avez l'air bien goguenard? il n'importe: vos manières me plaisent. Il faut venir avec moi; vous m'aiderez de vos conseils; vous partagerez ma fortune, mes plaisirs-; oui, je possède tout ce qui peut rendre heureux; mais il me manque un ami, et je veux que vous soyez le mien.
ZERBELIN.
Vous êtes riche, vous n'en manquerez pas : vous en aurez presque autant que de doublons.
EDMOifD.
Oh! tous les hommes ne me conviennent pas; je veux être prudent dans ma conduite.
ZERBELIN ,eii riant.
Il y paraît; il n'y a pas dix minutes que vous me voyez , et vous venez de me conter toutes vos affaires.
EDMOND, étourdiment.
Mais vous êtes un homme sûr , vous ?
ZERBELIN.
Vous devez le croire, c'est la première fois que nous nous trouvons ensemble. Cependant soit dit sans me flatter , vous pourriez faire de plus mauvaises connaissances ; ainsi , vous voulez m'emmener à Paris ; mai.s n'avez-vous pas , pour vous y accompagner , quelque homme plus sage ?...
Qu'eu ai-je besoin. Cependant j'avais compté sur
Tumc nu. 1
98 L'EJNFANÏ PRODIGUE,
l'un de nos aimables voisins qui a beaucoup voyagé, et dont les récits m'avaient enchanté; mais le comte de Viveau n'a pu quitter ses terres.
ZERI3KLIN.
Le comte de Viveau ! je le connais. Et c'est votre voisin? Seriez-vous donc le fils unique de ce bon et brave seigneur le sire de Beaumanoir ?
ED3IOND.
C'est le nom de mon père. L'auriez-vous connu?
ZERBELIjy.
Oui, j'ai connu cet homme respectable; j'étais bien jeune alors.
EDMOND
Tant mieux! vous ne pouvez plus refuser d'être mon ami.
ZERBELIJV.
Vous allez toujours d'un train Eh bien! nous
verrons.
EDMOND
Quoi! vous consentiriez à ne plus me quitter!
ZERBELIN.
Ma foi , toute réflexion faite, je ne sais pas pourquoi je refuserais vos propositions. Nous pouvons, je crois, très-bien nous arranger: vous ignorez le monde, je le connais; vous êtes vif, enthousiaste, moi je suis calme, observateur ; vous cherchez le plaisir, moi je le trouve toujours: c'est vous qui devez finir par m'avoir des obligations.
EDMOND
Sans parler des conseils que vous me donnerez...