ACTE II, SCENE IX
CAMILLE
Est-ce que vous auriez cette dangereuse passion? Ah ! prenez-y garde ! elle a conduit bien des jeunes gens à leur perte.
ZERBELIN.
Madame la comtesse en a vu, je parie, beaucoup d'exemples.
CAMILLE
On ne voit que cela dans le monde.
EDMOND
Oh ! je n'ai pas le goût du jeu ; mais lorsque par hasard je m'y mets, je n'y connais pas d'homme plus heureux.
LE BAROIV.
Je clîoue bien différemment : je perds touchours.
ZERBELLN.
C'est à cause de cela que vous allez proposer une partie à ce jeune seigneur.
LE BARON
Bien des partons. Che n'entendre pas. — Allons, fenez, ma chère nièc«.
CAMILLE, bas à Edmond.
Allons, puisqu'il le faut.
EDMOND
Je vois que cela vous contrarie. Si je savais vous rendre ce jeu moins ennuyeux, je vous proposerais de partager votre fortune.
CAMILLE
Votre idée est excellente. Nous serons de moitié.
îo8 L'ENFANT PRODIGUE.
ZERBELIN.
Ah ! VOUS allez jouer... C'est bien.
EDMOND
Je mets une bagatelle avec madame.
CAMILLE, jouant.
Vous nous blâmez, monsieur le troubadour, el vous avez raison. Que voulez- vous? ce cher oncle, quand il ne joue pas, meurt d'ennui.
ZEREELIN.
Comment! îe jeu est nécessaire à l'existence de M. le baron?
LE BARON
Qu'est-ce que dit monsir le troubadour, che n'entendre pas.
CAMILLE, d'un ton caressant à Zerbelin.
C'est aussi votre fiiute. Je suis sûre que vous avez un talent admirable ; et si vous aviez daigné nous en faire jouir....
EDMOND, vivement.
Oh! en effet cela serait charmant! ce jeu ne demande point d'attention , nous pourrions vous entendre. Ah! je vous en supplie, Zerbelin, par l'amitié qui nous unit...
CAMILLE
Il m'a tantôt refusé, et je crains bien... (^ Edmond. ) Nous avons gagné.
EDMOND, occupé du jeu.
Encore ! ffi fortune nous favorise.
ZERBEI,IN.
Elle vous trahira bientôt. Mais puisque vous désirez