ACTE If, SCENE XI. ii
FLORESTINE
Ah! mon dieu! qui croirait qu'avec une figure comme la vôtre on fût aussi barbare.
ZERBELIN.
Oh! j'en conviens; je suis un homme féroce, surtout pour les barons. Mais connaissez-vous le motif de notre querelle?
FLORESTINE
Je n'en ai entendu parler que confusément. Tout ce que je sais, c'est que M. le baron est dans une grande fureur. Il a dit, dans son baragouin, qu'il vous tuerait demain.
ZERBELIN.
En ce cas, je suis bien fâché de ne lui avoir pas ce soir coupé les oreilles.
FLORESTIIfE.
Comment, les oreilles d'un baron! Est-ce que cela se voit quelquefois?
ZERBELIN.
Ah ! c'est qu'il y a des barons qui ne sont point du tout barons.
Mais c'est l'oncle de ma maîtresse.
ZERBELIBT.
Aussi, je le crois tout aussi noble qu'elle. Y a-t-il long-temps que vous êtes à son service ?
FLORESTINE
Depuis très-peu de temps.
ZERBELIX.
Tant mieux pour vous. Je serais fâché qu'une aussi jolie personne...
it6 L'ENFANT PRODIGUE.
Fl. ORESTINE.
Ah! monsieur le troubadour... vous me flattez.
ZERBIiLIN.
Non. De par saint Jacques ! je ne vis jamais d'yeux plus expressifs. Oui, il y a dans vos regards une vivacité décente...
On me l'a dit quelquefois.
ZERBELIN.
Vous m'avez inspiré un tendre intérêt à la première vue; mais cette comtesse...
FLORESTINE
Je suis fort heureuse à son service.
Est-ce que vous ne riez pas quelquefois, en l'appelant madame la comtesse.
FLORESTINE
Elle est femme de qualité.
ZERBELIN.
En est-elle bien sûre?
FLORESTINE
Comment! si elle en est sûre!..
Non , c'est que quelquefois on peut se tromper.
FLORESTINE
Moi, je n'ai jamais rien vu dans sa conduite qui fût blâmable.
ZERBELIN.
Tant pis pour vous : j'aurais eu du plaisir a vous