VI PREFACE
qu'il doit adniirei- ; et l'écrivain , sans qu'on puisse l'accuser cramour- propre, peut user du droit de parler de lui, de citer les aventures de sa vie, pour peu qu'elles se lient à ses ouvrages. N'est- il pas de toute justice pour un auteur dramatique, qu'après avoir consacré son existence entière à mériter les applaudissements du public , il cherche à lui prouver qu'il n'en était point indigne. C'est un compte qui se rend de clerc à maitre ; et que le lecteur n'admet qu'autant qu'il est certain de n'avoir pas été trompé.
Cet autre usage qui veut que les œuvres complètes d'un écrivain soient décorées de son portrait, doit admettre également que l'auteur fasse, de lui-même, connaître avec ses traits, ses moeurs et son caractère. Eh! que serait un portrait sans cette précaution ? une simple image qui pourrait tout au plus appeler l'éloge ou la critique sur le burin du graveur, si celui qu'elle représente ne prenait soin de donner de la physionomie à sa froide effigie. D'ailleurs quel danger peut -il y avoir pour un auteur à se faire connaître , si , près d'arriver à la fin de sa carrière, il peut jeter un regard de satisfaction sur le passé.
Cette idée , en m'inspirant la confiance , me fait
PREFACE. vu
lin devoir d'apporter la plus grande franchise dans les Notices, qui précéderont toutes les pièces de mon Théâtre. Je parlerai à mon lecteur comme si je parlais à mon ami ; je lui apjirendrai sans détour ce que je fus, ce quejesuis, ce que je voulais être. J'ose croire que mes confidences ne seront pas sans intérêt. Des persécutions qui m'ont été suscitées sans raison par quelques-uns de mes ouvrages , m'ont forcé à m'exiler pendant un an de ma patrie. L'un de ces voyages m'a conduit dans le Nord et m'a mis en relation avec les hommes de lettres et les artistes distingués des différents pays que j'ai parcourus. Par une suite de la considération attachée, surtout dans l'étranger, au titre d'homme de lettres, j'ai vécu, je pourrais dire .presque familièrement, avec des grands et des princes; j'ai approché des empereurs, et je n'en suis pourtant ni plus riche, ni plus orgueilleux. Si rien ne m'a surpris de tout ce qui frappe tant les autres hommes , cela tient sans doute à mon indifférence naturelle, à l'habitude que j'ai de ne pas me laisser imposer par de brillantes apparences et de ne voir les objets que sous les rapports qui tiennent à mes goûts. C'est un des grands malheurs de l'auteur comique de ne prendre de l'enthousiasme que pour ce qui peut