‹ OEuvres complètesChapitre 143 sur 330 · COUR ANTIN · texte numérisé non relu

COUR ANTIN

C'est sans doute là un de leurs suspects; interrogeonsle, et sur-tout faisons-lui grand peur, parce que, s'il a de l'argent, il faudra qu'il compte. Dis donc, citoyen. D Al M I s.

Défendons notre vie, ou au moins prenons garde à nos poches.

COURANTIN.

Je crois que je t'ai vu quelque part.

DAMIS

En ce cas, tant pis pour moi. Si nous nous somines rencontrés , ce n'est pas ma faute.

COURANTIN.

Oui, je m'en souviens à présent. C'est dans la Picardie que j'ai fait ta connaissance. ïu t'étais rendu à Caen pour défendre les fédéralistes.

DAMIS

A Caen, dans la Picardie. Aussi ignorants que cruels!

" COURANTIN.

Ah! oui, je te reconnais. Tu es un fédéraliste ivnforcé. Ah! ton affaire est bonne, nous nous expliquerons à Paris.

t84 les slspects.

Je ne crains rien, ou du moins je ne devrais rien craindre ; mais , dans ces temps de crimes et d'horreurs, innocent, vertueux, vrai patriote, ayant dignement servi mon pays, je dois m'attenJre à tout. Fédéraliste ! Ce mot, que ceux même qui l'ont inventé n'entendent pas, est un prétexte à la tyrannie, et ne sert qu'à fournir des victimes à ses bourreaux. Tu ne m'as point vu à Caen , qui se trouve situé pour toi dans la Picardie, parce que je n'y fus jamais; mais j'ai toujours partagé les sentiments de ces vertueux proscrits. Ils voulaient le bien, ils voulaient des lois, ils voulaient la republique; mais la république forte par son gouvernement, forte de ses lois, forte de ses finances, forte de sa justice, et forte enfin de l'amour et de l'union des citovens. Mais tout cela ne faisait pas le compte des intrigants et des scélérats; ils n'ont pu les vaincre par l'arme de la raison et de l'éloquence, ils les ont assassinés, ils se sont emparés des finances, ils les ont prodiguées à leurs sicaires; ils ont vomi des troupes de brigands qui circulent en poste pour espionner, pour emprisonner, pour assassiner les bons citoyens ; enfin , ils ont payé le crime pour égorger la vertu. Je ne vois plus , hélas ! dans ma déplorable patrie que deux classes d'individus, des bourreaux et des victimes. ^^

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